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Trente secondes sur Paris … à bord d’un A400M des ‘Carvex’

Écrit le 15/07/26, dans Actualités France

‘Bastille Day’ 2026 avec la 61ème Escadre de Transport

C’est par un rendez-vous à 6h15 sur le parking visiteurs de la base aérienne 123 ‘Commandant Charles Paoli que débute ce 14 juillet 2026 : Escadrilles bénéficie de l’opportunité unique de prendre part au défilé commémorant la prise de la Bastille, à bord d’un des 25 A400M que compte l’Armée de l’Air et de l’Espace.

Si ce défilé a bénéficié de pas moins de quatre vols d’entraînement pour les équipages des 8 Atlas qui vont composer la formation, il n’en reste pas moins que le briefing matinal est complet et précis : cette mission spéciale inclut en effet un grand nombre de paramètres liés à la complexité du déroulement du défilé, au nombre de formations engagées et diversité des aéronefs, pas moins de 98 avions participants et 31 hélicoptères.

7h15 : briefing du commandant Gabriel

Deux A400M étrangers sont de la partie : un appareil de la Luftwaffe est ailier dans le diadème de tête de la formation, et l’avion de la Royal Air Force, dont la participation a été confirmée tardivement, fait office de ‘serre-file’ à l’arrière de la flèche qui forme le second élément de la formation.

Avant le ‘step’ programmé pour 8h00, un coup d’oeil sur l’immense parking de la BA 123 permet de constater qu’il est bien garni : 13 ou 14 A400M, sans compter les C-130H du 3/61 Poitou, et deux Canadair de la Sécurité Civile.

Une partie du parking de la BA 123 …

J’embarquerai dans le 031, piloté par le commandant Jean du Centre d’Instruction des Equipages de Transport, co-pilote capitaine Jeoffrey, avec à son bord le lieutenant-colonel Ronan, également du CIET, ‘deputy peloton leader’ de la formation. L’avion est le leader spare de la formation, au cas où celui du leader en fonction (commandant Gabriel) rencontrerait un problème technique en cours de mission.

Le commandant Jean et le colonel Ronan au pied du 031

Nous serons numéro 5, en tête de la flèche suivant immédiatement le diadème de tête.

Un briefing détaillé m’est offert par les loadmaster, l’adjudant Christophe et le Sergent-chef Nicolas : en effet, au cours de la mission je vais être positionné sur la rampe arrière ouverte, harnaché et casqué, pour photographier les ailiers de la flèche. A l’issue des orbites d’attente, je bénéficierai d’un point de vue privilégié dans le cockpit derrière le pilote, et à côté du ‘coordinateur tactique de la mission’.

C’est cette position que j’occupe pour la mise en route, le roulage et le décollage, prévu à 9h05. A 8h30, tout le monde est en place, pilote et co-pilote égrainent la check-list, puis c’est l’attente de la mise en route. L’équipage se concentre sur le déroulement de la mission : très peu de papiers et au moins 5 écrans couleurs où des pages et des cartes sont affichées.

La mise en route sous la surveillance du chef-avion est suivie de près par le roulage des huit A400M ; pas d’anicroche technique de dernière minute, on n’aura pas besoin d’utiliser les deux avions spare prévus pour la mission. Alignement et décollage suivent, sans point fixe : pour éviter les turbulences de sillage, qui perturbent les sondes de l’avion et représentent un danger pour la contrôlabilité, il y a alternance de décollages à basse hauteur et à grande pente. En tant que numéro 5, nous effectuons une prise de vitesse à très basse hauteur.

La formation vole à 2500 pieds en direction de sa zone d’attente, en Normandie, que nous atteignons très vite. Puis, après des échanges radio rares et brefs, les avions se positionnent selon les formations adoptées pour le défilé, mais avec plus d’espacement.

Nous orbitons sur l’hippodrome d’attente dans l’attente du déclenchement du défilé proprement dit, à la vitesse de 180 nœuds. Le spectacle est saisissant, le casque procure un bon confort auditif et permet d’oublier le bruit ‘rampe ouverte’ qui est important : les ailiers flottent doucement dans l’espace, évoluant majestueusement ; inoubliable. Mes tentatives de faire un peu de vidéo pour restituer cette ambiance sont peu fructueuses.

Approchant de l’heure prévue pour le début du défilé, nous fermons la rampe. Cependant, nous attendons le ‘top’ qui doit provenir du sol, car le timing absolu du défilé dépend du temps nécessaire aux autorités officielles pour s’installer dans la tribune présidentielle. Tous les temps de la mission sont donc établis en ‘relatif’, et deviendront absolus à la réception du top. Celui-ci parvient avec à peine quelques minutes de délai par rapport à la prévision.

La formation vole maintenant vers Papa 6, point d’entrée du rail qui mène aux Champs-Elysées et à l’Arc de Triomphe, à la hauteur de 1500 pieds, et le dispositif se resserre pour atteindre l’espacement du défilé, formation serrée, très serrée, pour le diadème de tête. Concentration maximale pour les pilotes, qui pourtant semblent détendus, la main gauche actionnant le mini-manche latéral de manière presque imperceptible, de même pour la droite sur les manettes des gaz.

Parfois, le coordinateur du dispositif apporte un regard complémentaire sur la formation.

On aperçoit à quelques kilomètres les formations de chasseurs qui viennent s’insérer en amont de notre dispositif : en fonction de leur vitesse, 300 nœuds, un timing très précis (à 3 secondes près pour le passage à la tribune) est nécessaire pour assurer un défilé aérien au cadencement impeccable pour le public.

Dans la brume, les tours de la Défense surgissent, puis très vite la formation descend à 900 pieds sur les Champs, l’Arc, la Seine, l’île de la Cité … à peine trente secondes de survol couronnent des centaines d’heures de préparation. Cap au Sud, la formation s’espace un peu. ‘C’était bien, on a été bons’ … quelques commentaires laconiques saluent la phase principale de la mission.

Cap sur Orléans-Bricy, où une seconde phase du défilé va se dérouler, face à la tour, la récompense de tous les militaires qui ont permis cet événement incontournable, d’une difficulté toujours renouvelée, le défilé du 14 juillet. Même concentration, même succès.

Et enfin, pour clore la mission, une magnifique arrivée en échelon parachevée par un break à sept avions, une première ! Atterrissage à une minute, roulage, check-list, parking, freins … détente pour tout le monde. Les casques enlevés, de francs sourires illuminent les visages.

Retour sur le plancher des vaches aussi pour l’auteur de ces lignes, qui a bénéficié d’une faveur exceptionnelle. Bastille Day 2026, c’était aussi mon anniversaire, et c’est fini.

Alexandre et escadrilles.org

Remerciements : tout d’abord au SIRPA Armée de l’Air et de l’Espace qui m’a permis ce reportage, un grand merci à l’équipage de Carvex 65, aux petits soins, et aux aviateurs de la base aérienne 123 pour leur très bon accueil.