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La BAN de Lann-Bihoué en 2014

Une grande base bretonne et ses missions

La base aéronavale de Lann-Bihoué est située à l’ouest du Morbihan, au coeur de la Bretagne du sud ; elle constitue la plus grande implantation aéronautique de la Marine, tant par sa superficie (800 ha), que par le nombre de flottilles qui y stationnent (cinq), et par les moyens humains qui y travaillent (2100 personnes). Lann-Bihoué partage avec la B.A.N. de Hyères la caractéristique de jouir de 2 pistes : la 07/25 de 2400 mètres (+ prolongations) et la 02/20 de 1670 mètres.

CLA vigie

La vigie embrasse les deux pistes, mais pas tous les taxyway

Une des caractéristiques les plus remarquables de « LFRH » est son aspect boisé, ce qui rend certains taxyway invisibles depuis la vigie ; ainsi, la circulation des aéronefs au sol suit des procédures particulières. La plate-forme lorientaise abrite également un aéro-club civil et militaire, un aéroport civil, et une antenne des Douanes, ainsi que les Dragons 56 de la Sécurité Civile. La base aéronavale héberge un détachement d’avions de chasse (généralement de l’Armée de l’Air) qui y assure la permanence opérationnelle de défense aérienne (ou « police du ciel »).

Flottille 21-23F

Les Flottilles 21F et 23F ont leurs avions dispersés dans la zone opérationnelle

Bien que l’activité aéronautique sur place remonte à près d’un siècle, c’est à l’envahisseur allemand que l’on doit l’architecture générale de la base de Lann-Bihoué : à partir de mars 1941, les aviateurs du Reich construisirent une grosse base, qui fut logiquement attribuée à la Marine quelques années après la Libération. La flottille 2F de Dakar (future 23F) envoya ses Wellington à plusieurs reprises sur le terrain en 1949 et 1950, et à partir de 1951, Lann-Bihoué vit stationner l’escadrille 1S et la flottille 10F de patrouille maritime, avec ses Lancaster. En août 1953, la flottille 25F s’installa également sur le site du «Poullo», renforçant ainsi l’activité PatMar qui est encore aujourd’hui un des traits caractéristiques de la BAN.

Neptune 25F-1 CB

Les Neptune de la 25F à leurs débuts, vers 1959

A partir de 1964, la base de Lann-Bihoué acquiert le statut de base principale de l’aviation de patrouille anti-sous-marine et anti-surface sur la façade atlantique, fonction assurée par Nîmes-Garons sur la façade méditerranéenne. De 1964 à 1968, les flottilles 12F et 14F opèrent depuis la base. Après 1970, une escadrille, la 2S, et quatre flottilles sont stationnées à Lann-Bihoué : la 4F, avec ses Alizé, les 23F et 24F, avec leurs Atlantic, et la 25F avec ses Neptune.

Alize_4F-65_1978

Cet Alizé de la 4F pavoise lors de la JPO de 1978

Cette configuration suivit plusieurs évolutions avec le temps, les flottilles changeant d’aéronef ou de mission, mais c’est bien la fermeture de Nîmes-Garons qui conduisit la base lorientaise vers le format qu’on lui connait aujourd’hui : une importante plate-forme d’où évoluent cinq flottilles, dont l’une est attachée au Groupe Aérien Embarqué, la 4F et ses Grumman E-2C Hawkeye, l’une a pour mission la maturation des pilotes et le transport de personnes et de frét léger (la 28F et ses Xingu), tandis que la 24F, sur Falcon 50M, se consacre aux missions de surveillance et de secours maritime ; enfin, deux flottilles se consacrent à la patrouille maritime (mais pas exclusivement), il s’agit des 21F et 23F, armées d’Atlantique 2 ou ATL2.

Flottille 4F

Un équipage de la Flottille 4F rejoint son avion, auprès duquel s’affairent déjà les techniciens

Bien que la vocation de Lann-Bihoué soit principalement militaire, une majorité du trafic est civil : sur 35 000 mouvements par an, 33% sont militaires, 38% d’aeroclubs, 15% sont des transporteurs civils, et 10% sont effectués par d’autres opérateurs (dont les Douanes, et la Sécurité Civile).

Flottille 24F

Le secours maritime impose à la Flottille 24F une alerte à 2 heures, en journée

Une des spécificités de la plate-forme est bien sûr son ouverture H24-7/7- 365/365j, en raison de la présence de la permanence opérationnelle assurée par des détachements de l’Armée de l’Air (7 minutes jour et 15 minutes nuit pour le décollage du premier avion) et de l’alerte SecMar : cette dernière a pour mission de faire décoller un avion d’assistance (en premier lieu un Falcon 50M de la 24F) en moins d’une heure de jour et en semaine, ou en moins de 2 heures, de nuit ou durant le week-end.

Flottille 28F

La Flottille 28F est également stationnée en zone boisée

Pour cette raison, le CLA (contrôle local d’aérodrome) est donc « armé » en permanence par trois contrôleurs et un météo. Notons que c’est le bureau des vols du CLA qui transmet la couleur du scramble à la PO. Une autre base bretonne est également active H24 : Lanvéoc-Poulmic assure aussi l’alerte SecMar, avec les hélicoptères des flottilles 32F et 33F.

Neptune 25F-334 1983

Depuis longtemps cloués au sol, les Neptune de la PatMar hantent encore les souvenirs des plus anciens

Même si Lann-Bihoué est ouvert en permanence, cela ne signifie pas que les avions peuvent décoller à chaque moment, 365 jours par an : il y a la contrainte météo, comme partout ailleurs. En particulier, la visibilité au décollage doit être au minimum de 400m en horizontal (paramètre vérifié par un capteur et un contrôleur). Pour l’atterrissage, le seuil de visibilité horizontale est de 800m au seuil de piste; mais un avion ayant décollé de Lann-Bihoué sur alerte peut parfaitement se poser sur un autre aérodrome.

Beech-JRB_

Ce Beech JRB-4 vu en 2010 a été depuis restauré, et déplacé

Pour le visiteur, la base aéronavale de Lann-Bihoué est d’autant plus plaisante que la Marine Nationale y expose une partie de son patrimoine aéronautique. Au fur et à mesure de ses déplacements, on découvre ici un Beech JRB-4, là un C-47, ailleurs un Crusader (jusqu’en 1968, les deux flottilles de F-8E étaient stationnées à Lann-Bihoué). Comme pour les avions en service actif, l’état extérieur des « aïeuls » est souvent excellent …

Remerciements: Au Capitaine de Vaisseau Christophe Lucas, commandant la BAN, à l’Officier chargé de la Communication (Véronique Zopfmann), au commandant du Contrôle Local d’Aérodrome (LV Maxime Baudais), aux commandants d’unités et aux officiers de communication qui nous ont reçus.

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