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Les Vautour Chipiron

Les Vautour « Chipiron » de la 92 ème Escadre de Bombardement

Vautour 1976 92-AW

Vautour II BGE en 1976

« Chipiron » fut le surnom des Vautour de guerre électronique employés à la 92ème escadre de bombardement durant les années soixante-dix.

Dans les années 1975-1977, l’Armée de l’Air conservait un certain parfum des années soixante, avec une escadre de F-100, une autre de Super-Mystère B2, une troisième de Mystère IVA, et enfin une « petite » escadre de SNCASO 4050 Vautour IIB et IIN (elle réunissait en une seule formation les avions des ex-escadrons 1/92 « Aquitaine » et 2/92 « Bourgogne »).

Vautour 1977 92-AE

Vautour IIN vu 1977 sur la BA-106

C’est à quelques-uns des avions et à une des missions de la 92 Escadre de Bombardement que nous nous intéressons maintenant : les Vautour II BGE de guerre électronique, ou Chipiron. Pas question ici de réécrire en deux pages le contenu de l’excellent et introuvable ouvrage d’Alain Crosnier « SO. 4050 Vautour » (Editions Lela Presse, 1996). Nous évoquons l’existence de ces Vautour un peu spéciaux au travers de leur présence épisodique sur la base aérienne 128 de Frescaty.

Vautour 1976 92-AP

Vautour au roulage à Frescaty en 1976

Pour un photographe en herbe exerçant ses talents en bout de piste à Metz, la présence de Vautour était très excitante, surtout que ces avions venaient en général à quatre, le plus souvent lors des exercices nationaux de type « Datex ». Je crois me souvenir qu’on voyait les Vautour au moins deux fois par an, à cette époque. A Metz, nous n’avions pas le droit de photographier les Noratlas de l’EE 54 « Dunkerque », du moins sur le terrain d’aviation.

Noratlas 1984 54-41

Noratlas de l’EE 54 en 1984

Pas de chance, voilà que les superbes Vautour en mission sur la BA 128 étaient également « in-photographiables »: nous avions encore affaire à d’authentiques avions de guerre électronique, des Wild Weasel à la française ! Certes, rien à voir au niveau du « look » entre le F-105G, et notre premier bombardier biréacteur national, quintessence de l’esthétique latine.

F105G 1983 24438

F105G de la Georgia ANG en 1983

Le Vautour IIB Chipiron, avec son nez vitré et ses grandes ailes en flèches garnies de deux réacteurs Atar 101 E, plus deux bidons de pétrole, portait aux points d’emports externes les deux fameux bidons spéciaux, bien reconnaissables aux petites hélices qui dépassaient de leur nez. De plus, les Chipiron n’assuraient que la partie « brouillage » de la mission de guerre électronique: au contraire de leurs homologues américains. Les Vautour II BGE ne portaient pas de missiles anti-radar, les AS-37 Martel de l’Armée de l’Air étant lancés depuis les Mirage IIIE, et pendant un temps les Jaguar, de la 3ème Escadre de Chasse.

Jaguar 1979 3-XN

Jaguar du 3/3 « Ardennes  » à Ochey en 1979

La guerre électronique n’était pas la mission première de la 92 et seul un nombre limité de Vautour II B furent modifiés en BGE pour l’emport de ces conteneurs spéciaux, et câblés pour que l’équipage les utilise. Selon Alain Crosnier, après l’avion « prototype » modifié en 1966, le n°629, les cellules 612-613-614-619-632-633-635-636-637 furent équipées en 1968 et 1969. Alors qu’initialement, les Vautour II BGE étaient prévus pour emporter une nacelle de brouillage électronique actif de type CT-2 d’un côté, et une nacelle lance-chaffs américaine de type ALE-2 de l’autre, les Chipiron vus à Metz au milieu des années soixante-dix portaient deux conteneurs électroniques CT-2.

Vautour 1976 92AJ

Vautour de la 92è EB avec ses bidons spéciaux en 1976

L’équipement de brouillage électronique initial se nommait ARAB 4A et opérait dans les bandes S des radars de détection lointaine. Il est possible, à mon humble avis, que les équipements utilisés en 1975-77 aient été modifiés spécifiquement pour la mission de pénétration à basse altitude, donc pour le brouillage d’autres bandes de fréquence.

Vautour 1976 92AP

Le 92-AP sur le parking de la BA-128 en 1976

Ne disposant d’aucun élément pour évoquer les aspects opérationnels de cette mission, je peux supposer d’après la présence répétée des Vautour à Metz, que leur emploi n’a pas été anecdotique: un scénario plausible serait que ces Vautour BGE devaient ouvrir la voie à des raids offensifs de Mirage III ou Jaguar. Il n’est pas interdit de penser que les radars de l’Allemagne de l’Est toute proche aient parfois été l’objet de l’attention des Chipiron, mais officiellement il ne s’agissait que de l’entraînement du réseau de détection français aux aléas du brouillage actif.

Vautour 1977 92-AH

En finale, le Vautour II BGE 92-AH

Je ne sais pas non plus quel était le niveau d’intervention des équipages dans l’utilisation des brouilleurs: ces conteneurs étaient-ils autonomes, ou bien nécessitaient-ils des « boîtes noires » actionnées par l’équipage ? Des équipements spécifiques étaient-ils montés par exemple dans la soute à bombes du Vautour ? Cette soute pouvait en effet accommoder deux réservoirs de 1500 litres de pétrole en lieu et place des armes offensives, mais on aurait pu tout aussi bien y installer une baie électronique.

Vautour 1977 92AU

A Mérignac en 1977, le Vautour 92-AU

En tout cas, les photographies montrent que les bidons spéciaux pouvaient différer par le nombre de « verrues » (capteurs ou émetteurs ?): selon le cas on en distingue une ou deux. On voit au travers de ces lignes que l’on trouve encore peu d’éléments sur les aspects techniques et opérationnels des Vautour « Chipiron » de la 92ème Escadre, mais gageons qu’avec la fin de la période trentenaire de non-divulgation des archives, des détails intéressants de la vie « secrète » du bombardier Vautour seront bientôt révélés.

Vautour 1977 92-AJ

Gros plan sur les bidons d’un Vautour

Après la disparition des Vautour, la mission de guerre électronique « de théâtre » fut reprise par les Jaguar de l’Escadron 2/11 « Vosges », mais c’est une autre histoire …

Jaguar 1981 2-11

Jaguar du 2/11 « Vosges » en 1981 avec ses « bidons » spéciaux

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