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L’escadron de chasse 2/7 Nice à Metz

1961-1963 : chassé-croisé pour les Mystère IV

Sept et Huit font Quatre: quand les destins des escadrons Nice et Languedoc se croisent en Lorraine.

Les 7ème et 8ème Escadres à l’ancien temps

La 7ème Escadre de Chasse est créée le 1er octobre 1932 à Dijon. Sur Nieuport-Delage, elle est alors constituée de deux groupes de chasse : le GC I/7 (SPA 15 et 77) et le GC II/7 (SPA 73 et 78). En mai 1939, le GC III/7 (SPA 152 et Tête de Furie) rejoint la 7ème Escadre qui comprend alors 6 escadrilles. En 1939, le GC I/7 en Afrique du Nord, le GC II/7 à Luxeuil et le GC III/7 à Ambérieu deviennent autonomes et le commandement de la 7ème Escadre disparaît le 27 août 1939. A l’armistice du 22 juin 1940, le GC III/7 et ses deux escadrilles sont définitivement dissous. Le GC I/7 quant à lui, est dirigé vers le Levant, où il effectue des missions jusqu’en juillet 1941, avant d’être dissous à Francazal le 1er octobre 1941 (le GC III/7 avait été dissous sur la même base le 15 août 1940).

La 8ème Escadre de Chasse est mise sur pied le 1er janvier 1936, sur la base aérienne de Marignane. En août 1939, le commandement de la Huit est intégré à l’état-major du groupement sud de la IIIème Armée aérienne à Hyères, groupement au sein duquel les groupes I/8 (escadrilles 3C2 et 4C1) et II/8 (3C1 et SPA 38) assurent la couverture de Toulon, Marseille et Berre. Le 28 février 1940, à son départ pour Cherbourg, le commandant du GC I/8 se voit remettre le drapeau de l’Escadre qu’il détiendra pendant la bataille de France. Le GC I/8 subsiste en zone Sud jusqu’au 12 novembre 1942, quand il est dissous à Montpellier. Le GC II/8 subit le même destin, étant dissous à Aix Les Milles le 12 novembre 1942.

La 8ème Escadre renait dans les faits le 16 janvier 1951, avec le GM I/8 Saintonge, rejoint par le GC II/8 Languedoc le 1er août 1951. Le drapeau de la 8ème Escadre est confié au groupe de chasse I/8 Saintonge en mars 1952, alors que les groupes I/8 et II/8 sont engagés dans les opérations d’Indochine. Du 1er août 1951 au 1er novembre 1953, les unités composant la Huit sont donc le GM I/8 Saintonge et le GC II/8 Languedoc. Les deux groupes prennent ensuite la dénomination GC I/22 et II/22, et opèrent en Indochine jusqu’au 27 juillet 1954 et 1er mars 1955, respectivement.

Renaissances en AFN et migrations vers la Lorraine

La 7ème Escadre est remise sur pied le 17 novembre 1951, sur le terrain de Bizerte Sidi Ahmed avec l’EC 1/7 Provence et l’EC 2/7 Nice, équipés de Vampire Mk V. De 1952 à 1961, elle participa au maintien de l’ordre en AFN, étant transformée sur SE 535 Mistral en mars et avril 1953, puis recevant des Mystère IVA à partir de mars 1961.

Mistral et Mystère sont codés en 7-Bx (1/7) et 7-Cx (2/7), respectivement avec les couleurs jaune et rouge pour les saumons et les bandes de fuselage (Mystère).

Mistral du 2/7 Nice à Bizerte. Cette photo peut être vue en plus grand format sur Frenchwings : http://www.frenchwings.net/combat/gallery/thumbnails.php?album=42

Le 25 octobre 1961, l’escadre quitte Bizerte pour Metz-Frescaty, où elle arrive le 27, en conservant un détachement à Oran.

Le 1er août 1955, la 8ème Escadre est reformée à Rabat Salé, base où existe déjà l’EC 1/8 Maghreb, avec les escadrons de chasse 1/8 Maghreb et 2/8 Languedoc, tous deux équipés de Mistral et chargés de la transformation opérationnelle des jeunes pilotes de chasse. Le 1er août 1959, les Mystère IVA remplacent les Mistral au sein du 2/8 Languedoc. Le 1/8 Maghreb en est doté à partir de juin. Le 9 octobre 1960, le Maghreb cesse d’exister, le Saintonge prenant sa place en tant qu’escadron de chasse 1/8. La 8 quitte Rabat Salé le 15 novembre 1960, avec ses Mystère IVA, pour Oran La Sénia.

Mistral et Mystère sont codés en 8-Px (1/8) et 8-Qx (2/8).

La Huit transite par Metz Frescaty le 18 juillet 1961 puis rejoint Nancy-Ochey en septembre 1961 pour être dissoute peu après.

Atterrissage en métropole, dissolution des escadres, création de la 7ème brigade

A l’issue du mouvement de retour, les 7ème et 8ème escadres sont dissoutes, respectivement le 1er décembre 1961 à Metz et le 30 novembre 1961 à Nancy. Les deux escadrons de la Huit, 1/8 Saintonge et 2/8 Languedoc stationnent à Ochey, tandis que les deux escadrons de la Sept sont fondus en un seul, le 2/7 Nice, qui est stationné sur la BA 128 (aux côtés de la Neuf). Les trois escadrons sont chapeautés par la 7ème Brigade aérienne, créée le 1er décembre 1961 à Nancy Ochey. Une cérémonie officielle a lieu le 12 janvier 1962 à Nancy Ochey pour marquer cette création.

Sur le terrain de Metz en septembre 1962, ce Mystère IV vu de face se distingue bien des F-84F de la BA 128

La 7ème Brigade regroupe donc l’EC 1/7 Saintonge, ex-1/8, et ses escadrilles 3C2 et 4C1, l’EC 2/7 Nice et ses SPA 73 et 78, et l’EC 3/7 Languedoc, ex-2/8, avec ses 3C1 et SPA 38. Elle reste équipée de Mystère IVA. C’est ainsi le 1/7 Provence (SPA 15 et 77) qui fait les frais de ce jeu de chaises à l’australienne, et disparait temporairement des écrans radars.

Mystère du 2/7 vu côté SPA 78 sur un terrain non identifié, peut-être Solenzara ou Istres

Le 2/7 Nice fournit un détachement en Algérie jusqu’au 5 septembre 1962, date à laquelle il devient un escadron de transformation opérationnelle pour les jeunes pilotes.

Fin de la 7ème BA et retour de la 7ème Escadre

En mars 1962, c’est déjà la fin de la 7ème Brigade, on revient à la structure plus conventionnelle de 7ème ‘Escadre de Chasse’. La Sept est subordonnée au CEAA et sa mission principale consiste à murir les pilotes de chasse frais émoulus.

Rare photo de deux Mystère IVA en finale à Metz, en 1963. Le code ‘7-AY’ suggère le 1/7 mais rien n’est sûr à cette époque !

La Sept compte toujours trois escadrons: le 1/7 Provence (Ochey), le 2/7 Nice (Frescaty) et le 3/7 Languedoc (Ochey): en effet, à la même date l’EC 1/7 Saintonge a cédé la place au 1/7 Provence, selon le souhait de ses membres. Nouvelle éclipse du Saintonge, donc.

Vu le 23 septembre 1962 dans la zone ouest du terrain de Frescaty, un Mystère IV du 2/7 Nice

Les avions du 1/7 et du 2/7 sont codés en 7-Ax et 7-Bx, respectivement mais avec possibilité de mélange, tandis que ceux du 3/7 sont codés en 7-Cx. Le 2/7 comme les autres escadrons de la Sept honore ses créneaux de campagne de tirs, se rendant à Solenzara en août 1962.

Mésaventure sans gravité pour le 305 … et son pilote, le 25 septembre 1962

Les deux années messines du 2/7 furent ternies par des accidents (en ce temps là, les accidents aériens étaient très fréquents), dont un au moins eut une issue dramatique pour son pilote, Yves Le Saux: le 26 mars 1962, alors qu’il était en approche pour la piste 19 au dessus de quartiers habités, ce pilote fut victime d’une panne de réacteur. Il préféra diriger son Mystère IV vers une zone non bâtie plutôt que de s’éjecter dans des conditions acceptables. L’issue fut fatale au pilote … une rue sur l’emprise de la base porte aujourd’hui le nom ‘Yves Le Saux’ …

Le 2/7 Nice quitte Frescaty pour Cazaux … réapparition de la Huit

Le 5 septembre 1963, le 2/7 Nice quitte Metz pour Cazaux, y effectue une campagne de tirs, et demeure sur la BA 120 à partir de l’automne 1963.

Autre sortie de piste à Frescaty, cette fois le 10 avril 1963

Puis, le 31 janvier 1964, la 7ème escadre perd officiellement l’EC 2/7 Nice, qui devient définitivement EC 2/8 Nice à Cazaux.

Le 2/8 est rattaché à la 8ème Escadre qui est formellement créée le même jour … avec le 1/8 Saintonge !  Le 1/8 Saintonge est en effet recréé sur la base aérienne 120 le 1er février 1964, à partir du personnel du CTB. La Huit reçoit pour mission la transformation opérationnelle des pilotes de chasse.

Au 1er février 1964, la Huit à Cazaux compte donc deux escadrons, les 1/8 Saintonge (codés 8-Mx) et 2/8 Nice (8-Nx), tandis que la Sept à Ochey ne compte plus que deux escadrons, l’EC 1/7 Provence et l’EC 3/7 Languedoc (toujours respectivement codés 7-Ax et 7-Cx).

Mystère IV du Nice aux mains de ses mécanos sur un tarmac ensoleillé

L’intermède du 2/7 lorrain est définitivement achevé.

Après le départ du Nice, Frescaty resta très fréquenté par les Mystère IV de la Sept …

C’est ainsi que partant d’Afrique du nord avec une Sept composée du 1/7 Provence et du 2/7 Nice et une Huit comprenant le 1/8 Saintonge et le 2/8 Languedoc, on se retrouve en France quatre années plus tard avec une Sept composée du 1/7 Provence et du 3/7 Languedoc et une Huit comprenant le 1/8 Saintonge et le 2/8 Nice

… mais, pas d’erreur possible entre une photo du début des 60 et une du début des 70: la déco a changé (disparition du drapeau de dérive et du numéro de série à l’arrière de l’habitacle).

Le Nice et le Languedoc ont changé de ‘crèmerie’, mais Sept et Huit font bien toujours Quatre !

Vers les temps modernes … les nouvelles 7ème et 8ème escadres

Le 1er décembre 1966, la 7ème escadre rejoint la FATAC sans que ses missions et son avion, le Mystère IVA, ne changent. La 7, toujours installée à Ochey, poursuit ses opérations avec les 1/7 Provence et 3/7 Languedoc, situation inchangée jusqu’en 1972.

Ce Mystère IV du 1/7 Provence est vu en 1970, côté SPA 15 (1è escadrille). La couleur du Provence reste jaune.

Le 1/7 Provence débute sa transformation sur Jaguar en fin d’année 1972. Le 17 mai 1973, la 7ème escadre de chasse rejoint la BA 113 de St-Dizier, avec un escadron de Mystère IV, le 3/7, tandis que le 1/7 Provence rejoint la base avec ses Jaguar le 24 mai 1973, en provenance de Marsan.

Mystère IV du 3/7 vu en 1972, à Ochey. Côté Requin de la 3C1 (1è escadrille), la couleur de la flèche est bleu roi, couleur du Languedoc.

Le 3/7 Languedoc poursuit son activité sur Mystère jusqu’au 17 novembre 1973, puis va se transformer sur Jaguar à Marsan avant de revenir sur la BA 113 le 14 mars 1974. L’ère Jaguar a commencé …

Une fois installée sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier, et à l’issue de la transformation sur Jaguar du 1/7 Provence et du (toujours) 3/7 Languedoc, la 7ème Escadre revint à sa composition à trois escadrons avec la création, le 1er mai 1974, de l’EC 2/7 Argonne (SPA 31 et 48). A partir du 1er avril 1980, elle fut encore renforcée par l’EC 4/7 Limousin, basé à Istres à compter du 1er août de la même année (15 ans après sa dissolution à Frescaty … mais ceci est une autre histoire).

Le Mystère IV du 1/8 Saintonge, avec la décoration classique et la couleur jaune de la flèche de fuselage. Trident de la 3C2 (1è escadrille) à droite.

Du côté de Cazaux, la 8ème Escadre assura sans faillir la transformation des jeunes macaronnés sur chasseur monoplace Mystère IVA.

Un brin nostalgique, ce Mystère IV du 2/8 Nice a amené son pilote sur les lieux de ses premiers envols métropolitains …

Les EC 1/8 Saintonge et 2/8 Nice épuisèrent le potentiel du vieux chasseur jusqu’en 1982: c’est au Nice que revint l’honneur du dernier vol sur Mystère, en novembre 1982 …

Mystère IVA du 2/8, côté Panthère de la SPA 78 (2è escadrille). Décoration classique avec la flèche rouge, couleur caractéristique du Nice.

A partir de cette date, les deux escadrons de la Huit continuèrent cette mission sur Alphajet, que ce soit sous la dénomination ‘escadron de chasse’ ou sous la dénomination ‘escadron de transformation opérationnelle’. La réformite sévissant dur, la 8 disparut en 1995 … pour renaître en 2016, à la même place.

De nos jours

La 7ème Escadre n’existe plus (disparition le 22 juin 1995), mais le 1/7 Provence subsiste, avec une seule de ses escadrilles d’antan, toutefois : la SPA 15. L’Argonne a, lui, retrouvé Nancy-Ochey, en tant qu’escadron de transformation 2000D, ETD 4/3 ! Quant au Languedoc, il disparut le 8 juin 2001 … laissant ses escadrilles.

Le EC 1/8 Saintonge et 2/8 Nice sont toujours présents à Cazaux, avec les mêmes escadrilles … toutefois, le 1er septembre 2009, le 2/8 est devenu international en accueillant une 3ème escadrille, la 11ème belge. Puis, en 2016, la Huit a adopté un Côte d’Or orphelin venant de Longvic, le nouveau EE 3/8. Et … la 3C1 du Languedoc a rejoint Cazaux, elle aussi, sous la forme d’une ‘antenne’ du StanEval Jura de Tours … (la SPA 38 et son chardon lorrain ont été adoptés par le Lorraine)

La France ne se retire plus d’Afrique du nord mais …. les chassés-croisés ont repris de plus belle !

Copyright: Alexandre avec Daniel, et la participation de Frédy et Christian pour les photos.