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Les « Grises » hors des sentiers battus

Histoires des « Grises » – seconde partie

La « Grise » – les Unités Autonomes

Les unités autonomes de l’Armée de l’Air méritent un traitement spécial. Ceux qui ont pu «vivre la différence» entre les escadrons enfermés dans une escadre ou dans une structure étroite de Grand Commandement (écoles, FAS…) et les unités jouissant d’une certaine autonomie me comprendront facilement.
Dans cette partie «composite» sont regroupées ces unités qui vivaient «autrement» et dont la mission avait souvent un caractère spécifique.

(1) Les unités autonomes de métropole

L’ELAS 44 de Solenzara (nous considérerons que la Corse est la métropole) mettait en oeuvre deux N.2501 qui servaient à la SAR: en effet les escadrons de chasse français et étrangers (belges) venaient régulièrement en campagne de tir s’entrainer sur le champ de tir voisin et l’Escadrille de Liaison Aérienne et de Sauvetage avait été créée en 1964 pour assurer la récupération des pilotes éjectés en mer. D’autre part l’unité avait en charge les liaisons avec le continent; le survol maritime impliquait donc que les appareils soient au moins bimoteurs c’est ainsi que les « grises » succédèrent aux MD-312 «Flamant» de l’ ELAS en 1975; elles furent remplacées par des N.262 en 1982.

Noratlas 1976 44-GE-30

N.2501 N°30 «44-GE» de l’ELAS 44 à Solenzara le 04 mars 1976

L’EE 54 (Escadron Electronique) Dunkerque dépendant directement de la toute puissante FATAC basée à Metz, était donc un escadron très sérieux et très secret qui pratiquait le renseignement électronique comme son nom l’indique. Les «Gabriel» astiquaient notamment à basse altitude les couloirs aériens reliant Berlin à l’Occident pendant la guerre froide ce qui valut pas mal de sueurs tout aussi froides aux équipages et des rencontres inopinées avec des OVNIs soviétiques.

Nord 1984 (54) 42

La « Grise » 42, de retour de mission un matin de 1984

Les «Nord Gabriel» de l’EE se reconnaissaient facilement à leurs antennes carénées sous le fuselage et l’APU (côté droit du fuselage). Les «Gabriel» ne portaient ni codes ni insigne, mais au moins un N.2501 cargo de l’unité a fait exception à la règle (N°49: 54-ZE).
L’AIA de Clermont a transformé huit N.2501 en «Gabriel» (N°25, 28, 33, 36, 39, 41, 12 et 66)

Noratlas 1986 66

N.2501 «Gabriel» N°66 de l’EE 54, les antennes ventrales et le carénage de l’APU sont mis en évidence sur cette vue prise en juillet 1986 à Francazal. Le N°66 sera le tout dernier « Nord » à quitter l’armée de L’Air (en 1989)

Autre unité «très secrète», le GAM 56 se cachait à Evreux. Les équipages qui le peuplaient portaient, dans le dialecte des aéronautes, le sobriquet de «Chaussettes à clous» dont ils étaient très fiers. Cette mystérieuse unité (Groupe Aérien Mixte «Vaucluse») effectuait les liaisons et transports très secrets au profit des gens très secrets; je les ai croisés un jour sur un aéroport de Russie mais je n’en dirai pas plus.
Mauvaise nouvelle pour les spotters : les «Nord» ne portaient ni le code ni l’insigne de l’unité, seulement deux lettres (pour vous aider: la première lettre sur les poutres était un «X»… Normal: comme dans «X-files»)
Les trois clefs de l’insigne ne sont pas celles du Vaucluse mais celles du coffre (aux secrets).

L’EC 57 Commercy (Escadron de Calibration) est spécialisé dans la calibration des moyens aériens de navigation et d’atterrissage et dépend du commandement des transmissions. Créé en 1965 sur C47 à Villacoublay il reçoit le premier N.2501 en 1967. L’effectif ne dépassera pas quatre «Nord» dont les trois transformés pour la mission de calibration par l’AIA de Clermont (N°29, 113 et 170).
Le marquage se limitait à trois lettres (commençant par «CAx») et l’insigne du «Commercy».

Noratlas 1980 CAL 192

N.2501 N°192  « CAL »  de l’EC 57 en mars 1980

Le «GAEL» GTLA 2/60 (Groupe de Transport et de Liaisons Aériennes) n’aurait sans doute jamais eu de Noratlas si sa flotte de N.262 n’avait été clouée au sol suite à un accident dû au givrage sur les turbopropulseurs (Bastan VI) du N°44 en janvier 1971. De juin1971 à octobre 1972 une demi-douzaine de « Grises » furent donc prêtées par les escadres de transport; elles portaient l’insigne du GAEL et un code à deux lettres (Ox) sans numéro d’unité.

L’Escadron de Convoyage EC 70 de Chateaudun se caractérisait par la polyvalence de ses équipages (le même pilote pouvait être qualifié sur plus d’une demi-douzaine de types d’aéronefs à la fois: le rêve absolu du cocher !). Les «Nord» de la boutique étaient caractérisés par leur marquage folklorique, du genre : «F-MC» ou «M-D» ou «070-MD» ou enfin «MF-070» et j’en ai certainement oublié.

Noratlas 1972 70-MB 135

N.2501 N°135 «070-M-B» de l’Escadron de Convoyage de Chateaudun en mars 1972

On peut mentionner pour mémoire l’utilisation du «Noratlas» (de 1957 à 1962) par l’Escadrille Aérienne de Recherche et de Sauvetage EARS 99 en renfort des «Languedoc» qui opéraient en Algérie. Mais ces N.2501 étaient détachés et aucun n’a porté les codes de l’unité.

Le CEAM installé à Mont-de-Marsan (Base Aérienne 118) depuis la fin de la seconde guerre mondiale a vu passer une panoplie impressionnante de types et de versions d’appareils volants. La grise ne fait pas exception on peut noter les exemplaires suivants qui ont reçu le code 118-xx: le prototype N.2501 N°05 (voir photo dans la première partie) qui sera codé 118-IB, l’unique prototype du N.2506 N°01 118-IA (voir photo dans la première partie), les premiers «2501» de série dont les N°02 et N°03 puis beaucoup d’autres qui seront utilisés pour des essais et surtout les missions de transport.

Noratlas 1972 03 ag

Prototype N°03 du N.2501 au CEV dans sa dernière configuration en octobre 1972

Le CEAM travaille en collaboration étroite avec les constructeurs et le CEV, c’est pourquoi nous terminons cette partie avec le Centre d’Essais en Vol bien qu’on ne puisse le considérer comme une unité de l’Armée de l’Air.

Noratlas 1969 4

N.2501 N°4 du CEV avec son nez radar qui abritait le système «petit AMOR» (Avion de Mesure et d’Observation au Réceptacle) assurant les opérations de télémesure pendant la retombée de missiles expérimentaux. L’installation définitive sur DC-7 «AMOR» est plus connu

(2) Les unités autonomes d’Outre-mer

Né en 1951 de la fusion de L’EOM 85 “Madagascar” et du GLA50, le GAMOM 50 (Groupe Aérien Mixte d’Outre-mer) a reçu ses deux premiers N2501 en 1968 ; cela faisait huit ans que la république Malgache avait été proclamée. Les appareils opéraient à partir d’Ivato puis de la Réunion (1973) et assuraient le ravitaillement des positions françaises de l’Océan Indien (Madagascar puis les Comores, les Iles Glorieuses, Mayotte, etc.). La filiation des unités de l’Armée de l’Air à Madagascar est une bonne illustration de la complexité des unités outre-mer : on peut en retrouver le détail sur le site traditions-air.fr. Les derniers “ Nord ” ont quitté l’océan Indien en 1976 ; vingt-trois numéros différents se seront succédé entre temps au GAMOM. Notons qu’à partir de 1976 le GAMOM devenu ETOM (Escadron de Transport Outre-mer) changera d’insigne pour être plus conforme à sa nouvelle appellation “ Réunion ”.

Noratlas 1973 50-WA ag

N2501 n°117  “50-WA” du GAMOM 50 à Francazal en aout 1973. L’insigne reprend dans sa partie supérieure, la silhouette de l’île de Madagascar. Après le départ vers la Réunion l’unité s’était vu exiger de retirer ce symbole mais les chefs des petites unités autonomes avaient du caractère : ils ont tenu bon.

 

La bonne humeur étant de rigueur à l’ETOM 55 “Ouessant”, l’unité se devait d’être créée un premier avril et ce fut en 1970 à Dakar sur la BA 160 de Ouakam. Au début, les détams (Détachements aériens Militaires) se relayaient ce qui explique que la plupart des équipages de “ Grise ” sont passés par là et ils connaissent donc tous le refrain de l’escadrille : “ Mais à Ouakam nous n’irons plus… ” (le modérateur a censuré le reste des paroles). En 1976 l’escadrille devient Escadron et prend le nom de “ Ouessan ” ; en 1977 il participe à l’opération de police “ Lamentin ” en Mauritanie. Les dernières “ Grise ” quittent l’ETOM en 1984 et sont remplacées par les Transall.

Insigne ETOM55

N2501 de l’ETOM 55, les rotations étaient courtes et l’insigne n’était pas toujours porté ; une solution intermédiaire consistait à faire cohabiter l’insigne de l’ETOM avec celui de l’équipage en “ détam ” (ici la 64ème escadre d’Evreux)

L’ETAG (Escadrille de Transport Antilles-Guyane) 58 « Guadeloupe » avait abandonné Fort-de-France (Martinique) en 1966 pour s’installer sur le terrain du Raizet en Guadeloupe. En 1970 quatre “ Nord ” sont affectés à l’ETAG pour compenser le départ des C-47 ; leur mission principale est la calibration au profit de la base de Kourou où le CNES mène l’expérimentation des fusées. Trois de ces appareils (n°139 “ 58-MI ”, n°142 “ 58-MJ ” et n°185 “ 58-MK ”) seront modifiés à partir de 1970 par l’AIA de Clermont. On pourra aussi se reporter aux expérimentations menées sur le Nord n°4 du CEV avec son nez radar qui abritait  le système “ petit AMOR ” (Avion de Mesure et d’Observation au Réceptacle) dont une vue est donnée dans le chapitre précédent. L’unité deviendra l’ETOM 58 en 1976 juste avant le départ des “ Grise ”.

Noratlas 1974 58-MJ

N2501 “ CNES ” n°142 “ 58-MJ ” de l’ETAG 58 en décembre 1974. Le spotter avisé reconnaitra les différentes antennes supplémentaires correspondant aux modifications de ce “ Nord CNES ”

Le GMT (Groupe Mixte de transport) 59 « Orléans » fut créé en 1969 à Fort-Lamy pour soutenir les forces françaises engagée dans le nord du Tchad contre le Front de libération nationale (FNLT). Les “ Grise ” opéraient en appui direct des troupes au sol : lucioles, largages, évacuations sanitaires et reconnaissance à vue. Trente-deux appareils se sont succédé au GMT avant sa dissolution en 1975.

Noratlas 1973 (59) CF

N2501 N°100 “ CF ” du GMT 59 vu à Francazal en février 1973. L’insigne était porté mais le numéro de l’unité ne l’était pas systématiquement (comme sur cette vue)

Basé à Tahiti pour assurer les transports au profit du Centre d’Expérimentation du Pacifique, le GAM 82 avait été créé en 1964 reprenant les traditions et l’insigne (crocodile) de l’EOM 82 qui venait d’être dissoute à Bamako (Mali). Fin 1973, deux “ Nord ” (N°163 “ 82-PO ” et N°187 “ 82-PN ”) vont entreprendre un périple de plus d’un mois pour rejoindre le Pacifique et remplacer les Breguet “ deux-ponts ”. Sur place ils seront équipés d’un nez abritant le radar météo indispensable pour voler dans cette région. La “ Grise ” n’étant pas pressurisée elle ne pouvait voler à plus de 12 000 pieds avec des passagers à bord ; c’est justement l’altitude où on récolte la base des cumulonimbus (“ cunimb ” pour les intimes) avec tout ce qui va avec (givrage, fortes turbulences et parfois foudroiement)  et comme les équipages ne voyaient rien venir vu qu’ils étaient en immersion dans les autres nuages ils avaient donné avec une crainte respectueuse le surnom de “ Bulldozer à cunimbs ” à leur impétueuse monture. Le séjour atomique des “ Grise ” se terminera en avril 1976.

Noratlas 1976 82-PO

N2501 n°163 “ 82-PO ”  le 29 mai 1976 à son retour de Tahiti. Le petit radome du radar météo prend la place du phare d’atterrissage qui lui-même est déplacé vers le bas, à l’avant de la roulette de nez.

Les dénominations successives de l’unité de transport de Djibouti (ex-“ Côte française des Somalis ”, ex-“ Territoire Français des Afars et des Issas ” avant de devenir “ république de Djibouti ”) furent successivement ELA 51 (1945), EOM 88 (1958), GAMOM 88 (1970), ETOM 88 (1976) juste avant l’indépendance de Djibouti en 1977. A partir de cette date la base 188 devient détachement air (DA 188) et les équipages de “ Grise ” volent aussi bien sous les cocardes françaises que celles de l’AND (Armée Nationale de Djibouti). En 1994, l’ETOM 88 finira par s’appeler “ Larzac ”. Entre octobre 1967 et juillet 1983, les Nord auront sillonné la région ainsi que la Mer Rouge, l’Ethiopie, la Somalie, les côtes de Madagascar et le Yemen (Sud et Nord).

Noratlas 1979 88-JA

N-2501 n°140 “ 88-JA ” de l’ETOM 88, le 07 novembre 1979. Sept appareils de l’unité recevront ce camouflage trois tons qui fait la joie des maquettistes. Pourtant il n’avait pas que des avantages et pénalisait notamment la charge marchande (le poids de la peinture n’étant pas négligeable). D’autre part avec des couleurs pareilles la “ Grise ” ne pouvait plus vraiment s’appeler la “ Grise ”.

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(à suivre)