
La décennie miraculeuse des années 50 vit chacun des grands constructeurs d’avions de chasse outre-Atlantique sortir un pur-sang : pour les avions de l’USAF, ce fut la fameuse Century Series. McDonnell, qui avait jusqu’alors brillé avec ses chasseurs navals F-1 Phantom, F-2 Banshee et F-3 Demon, proposa le F-101 Voodoo, dérivé d’un prototype plus ancien, le XF-88.
Le F-101A fut originalement conçu comme un ‘chasseur stratégique’, capable aussi bien d’escorter des bombardiers lourds que de délivrer une arme atomique. Il fut mis en service en mai 1957. Très vite, il céda la place à une version améliorée, le F-101C, également adaptée à la chasse tactique à long rayon d’action. Les deux types furent construits à 124 exemplaires, et utilisés jusqu’en 1966.

Mais ce n’était pas la fin du Voodoo, car l’avion connut un grand succès dans des missions et des versions toutes différentes, preuve d’une grande capacité d’adaptation : d’abord l’avion de reconnaissance RF-101A et C, puis l’intercepteur biplace F-101B.
Le RF-101C fut le seul Voodoo à effectuer de (nombreuses) missions de guerre, durant le conflit au Vietnam. Mis en service en 1958, ses qualités de vitesse lui conférèrent une excellente réputation en raison de la quasi-impossibilité pour les MiG de l’intercepter. Un total de 166 RF-101C furent construits et 33 furent perdus au Vietnam (dont 5 abattus par des SAM). Le 66th TRW basé en France jusqu’en 1965 vola sur ce Voodoo jusqu’en 1970.

Mais la version la plus connue fut l’intercepteur F-101B : entré en service en 1959, ce biplace fut construit à 479 exemplaires pour l’USAF et l’aviation canadienne. Ces Voodoo connurent une belle longévité puisque la dernière unité de l’Air National Guard les fit voler jusqu’en 1982.


Le RF-101A fit un premier vol en mai 1956 et fut bientôt remplacé par le RF-101C, à la structure renforcée: les deux réacteurs J-57 P-13 donnaient à l’avion des performances inconnues pour un avion opérationnel de l’époque (Mach 1,5+). L’avion pouvait photographier en toute impunité la Chine communiste depuis Taïwan, et une dizaine d’exemplaires furent même exportés vers ce pays en 1959.

Le RF-101C fut naturellement un des premiers jets US déployés au Vietnam dès 1961, sa vitesse le protégeant un moment des MiG et de la DCA communistes. Néanmoins, la première perte fut enregistrée en 1964.

Par la suite, au cours de 35 000 sorties en combat, 39 avions furent perdus. Les avions furent rapatriés aux USA à partir de la fin des années soixante, et ils furent employés dans plusieurs unités de l’Air National Guard.

C’est en août 1978 que nous avons visité le 153è TRS de la Mississipi ANG : un beau spectacle s’offrait à nous avec une vingtaine de RF-101C arborant le fameux camouflage SE Asia, et en plus 2 F-101F biplaces utilisés pour la transformation.

Bien que la base de Meridian (où était délocalisé le 153èTRS) regorgeât de trainers de la Navy, on ne décollait pas les yeux des majestueux Voodoo reco.

Comme presque à chaque fois, nos hôtes américains nous firent les honneurs du parking, du taxiway et du bout de piste, ne ménageant pas leur efforts pour nous offrir un maximum d’opportunités de photos.

Il y eût 166 RF-101C construits, et ceux du 153èTRS volèrent jusqu’en 1979, date à laquelle ils furent remplacés par des RF-4C. Cette unité vole encore aujourd’hui, mais sur KC-135R, un autre avion issu d’une bonne cuvée.

Comme les autres programmes d’intercepteurs prenaient du retard (F-106) ou ne donnaient pas satisfaction (F-102), l’USAF profita du bon design du Voodoo pour en demander une version intercepteur biplace, le F-101B.

Celui-ci bénéficiait de réacteurs plus puissants J-57 P-55 (7500 kg avec pc), ce qui en faisait un avion aux performances de montée époustouflantes: 250 m/s de vitesse ascensionnelle initiale.

En vertu des accords du NORAD, le Canada reçut plus d’une centaine de ces chasseurs équipés uniquement de missiles en soute (Génie et Falcon). Ces avions étaient le dernier rideau opposé aux bombardiers soviétiques, et bientôt toute une série de Fighter Interceptor Squadrons du nord des Etats-Unis furent opérationnels sur F-101B.

Comme d’habitude à l’époque, lorsque les unités régulières furent équipées en avions plus récents (F-106), le Voodoo fut rétrocédé aux escadrons des gardes nationales, depuis le Maine jusqu’au Washington, presque chaque Etat eût son unité. Et c’est ainsi qu’à la fin des années 70, beaucoup de Voodoo pouvaient encore être vus aux USA (et au Canada).

Les exercices annuels du William Tell, à Tyndall en Floride, étaient l’occasion d’admirer des avions aux couleurs rutilantes, à une période où la mode basse-visibilité était réservée aux lézards.

Nous avons pu admirer les F-101B en 1978, au 136è FIS de la New York ANG: le grand biréacteur ne paraissait en rien démodé.

Sans doute que du côté du système d’armes, cela commençait à dater, mais le Voodoo pouvait encore supporter la comparaison avec pas mal d’avions européens …

En 1980, une visite au 123è FIS de l’Oregon nous permit une dernière fois d’assister aux évolutions de ces F-101B : là encore, les avions ne trahissaient pas leur 25 ans. Mais il est vrai qu’à cette époque, les descendants du Voodoo, le McDonnell F-4E Phantom II, et le McDonnell-Douglas F-15A donnaient déjà le la en matière de défense aérienne. D’ailleurs, après avoir brièvement volé sur F-4C, le 142è FIG est toujours sur Eagle de nos jours.

A cette époque de guerre froide et de progrès techniques très rapides, le fait qu’un intercepteur ait pu demeurer si longtemps opérationnel témoigne bien de la valeur du Voodoo et du talent de ses concepteurs.

Après le F-101, McDonnell allié à Douglas allait concevoir et fabriquer un certain F-110 … plus connu sous le nom de Phantom II, chasseur-bombardier qui devait beaucoup au Voodoo dans sa conception générale. Mais qui connut un succès sans commune mesure !
Alexandre et escadrilles.org
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