Quels sont les atouts de l’Armée de l’Air et de l’Espace en 2025, alors que se développe aux confins de l’Europe un conflit de haute intensité (il avait été annoncé, il est là) qui pourrait nous concerner directement sur une simple décision du président de la République … un conflit qui ne ressemble pas aux guerres d’avant.
En l’espace d’une génération, la doctrine d’indépendance nationale s’est estompée au profit d’un atlantisme assumé, et même revendiqué, au moment où l’hyper-puissante Amérique fait mine de laisser les Européens à leur destin, après avoir contribué à engendrer une situation délétère qui se règle aujourd’hui par les armes. Mais qu’en est-il de cette Europe qui nous promettait il n’y a pas dix ans d’être la garante de la paix sur le continent, pour les générations à venir. Qui décide quoi en Europe, et surtout qui décide pour quoi l’on doit mourir et qui va verser son sang ?
Alors que le célèbre discours de Charles De Gaulle à l’Ecole Militaire « Un pays comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre » semble avoir disparu des mémoires, dans quelle situation matérielle se trouve l’Armée de l’Air et de l’Espace pour contribuer à défendre les intérêts de la France au sein d’une alliance aux contours incertains et aux desseins insaisissables ?
Notre aviation de combat demeure qualitativement sur le podium européen, mais à l’image de celles de nos voisins, elle souffre d’un manque de masse, qui résulte du plan Armées 2010 voulu par le duo Sarkozy-Fillon, et aggravé par les cessions récentes de Rafale (24 avions, un quart de la flotte existante en 2020) et la diminution du format de la chasse tactique (50 Mirage 2000D rénovés à mi-vie).
La centaine de Rafale en parc en cette année 2025 (plus exactement 115 avions affectés en unités opérationnelles) suffit à grand peine à équiper cinq escadrons pleins, l’ETR Aquitaine, l’ECE Côte d’Argent, et les deux petites unités stationnées outremer (le Provence et le détachement H5). L’avion a beau être superlatif, l’engagement dans un conflit contre un adversaire à parité, mettons à raison de 30 appareils, ne laisserait aucune marge pour les missions de souveraineté (défense du territoire, dissuasion nucléaire). Sans parler d’une attrition au combat inévitable face à des défenses aériennes denses et performantes … d’autant que justement, le missile anti-radar dédié est le SEUL armement qui fait défaut à notre aviation de combat.

La flotte de 50 Mirage 2000D RMV ne pourrait équiper les trois escadrons existants qu’à condition d’imaginer une disponibilité de 90%, ce qui n’est guère réaliste. Là aussi, l’engagement au combat d’une vingtaine d’avions verrait rapidement arriver les limites d’une flotte pas assez fournie … on se souvient de l’opération Harmattan et de la chute de disponibilité qui s’ensuivit, au début des années 2010. Quant à la micro-flotte de Mirage 2000-5F, son destin n’est pas d’être engagée au combat mais, pour ce qui en restera après les ponctions décidées par l’exécutif, de veiller à l’inviolabilité des cieux nationaux.

En résumé, si l’on met de côté les Forces Aériennes Stratégiques, l’AAE dispose d’une aviation de combat calibrée pour agir de concert avec celles des alliés de l’OTAN et, si l’on devait imaginer un engagement face à la Russie, nécessitant encore une forte contribution des Etats-Unis.
L’embellie de l’aviation de transport était impatiemment attendue, et elle est là pour ce qui est des voilures fixes : le programme A400M atteint son plein potentiel et la flotte de C-130 a connu une remise à niveau grâce à l’arrivée de quelques C-130J et à des opérations de maintenance, trop longtemps attendues, sur une douzaine de C-130H. La flotte de 27 CN-235 garantit l’appoint nécessaire pour les faibles volumes, et bien sûr constitue l’épine dorsale du transport aérien militaire dans les outremers.

N’en déplaise aux nostalgiques du Transall et aux déçus du C-17, l’A400M est taillé à peu près exactement pour les besoins français (et britanniques, d’ailleurs) en offrant le compromis quasi-idéal entre charge offerte, autonomie, vitesse et capacité d’utilisation de pistes rustiques. Les opérations récentes l’ont bien prouvé. Tant et si bien qu’avec les événements en Ukraine, la France envisagerait de ‘coller’ à la cible de commande de 50 avions prévue aux débuts du programme : les deux escadrons actuels d’Atlas seront bientôt complémentés par un troisième, puis par un éventuel Atlas4. Sans oublier l’utilisation de l’avion par le 3/61 Poitou, et la mise en place de plots A400M en outremer.

Quelle est la capacité actuelle de la BAAP à soutenir au combat une, deux ou trois brigades de l’armée de Terre ? Cela dépend bien sûr de l’éloignement du théâtre d’opérations … L’auteur de ces lignes est incapable de répondre à cette question, ne serait-ce que pour un conflit à l’échelle de l’Europe. On pourrait du reste souhaiter que la question demeure théorique.

La flotte de voilures tournantes est longtemps restée en marge de la modernisation du transport aérien, mais l’arrivée des Caracal ex-ALAT et des H225M OLA signale le début d’une remontée en puissance qui se poursuivra avec la mise en service des H160M Guépard. Cet hélicoptère ‘léger +’ offrira un supplément de capacité par rapport aux Fennec, bienvenu notamment dans les escadrons de transport ultramarins. En attendant, 2026 verra la mise à la retraite des vénérables SA-330 Puma qui auront marqué deux générations de pilotes d’hélicos !
Le soutien aérien aux opérations aériennes a bénéficié d’une remarquable cure de jouvence grâce à la mise en service opérationnelle des A330/MRTT Phénix de la 31e Escadre de ravitaillement et de transport stratégique : deux escadrons pleins et le Landes, en charge de la transformation. De son côté, la composante ‘drone’ est arrivée à pleine capacité avec les 12 Reaper Block5 employés par la 33e Escadre de Cognac. Toutefois, l’emploi de ces drones, vulnérables, dans le cadre d’un conflit de haute intensité est un sujet d’interrogation … gageons que les principaux intéressés ont trouvé les réponses quant à la doctrine d’emploi de ces drones MALE.
N’oublions pas les E-3F de la 36e Escadre d’Avord, toujours performants grâce aux modernisations successives.

Cependant, de la même manière que notre aviation de combat a son talon d’Achille, le soutien aux opérations aériennes souffre de l’absence d’un avion de renseignement électronique à longue endurance, adapté aux opérations en ‘stand-off’. Un manque que ne comblent pas les Vador du Périgord. Le choix des Britanniques de s’équiper en RC-135 Rivet Joint a peut-être fait des jaloux de ce côté-ci de la Manche … En attendant l’arrivée de l’Archange, il nous faudrait donc compter sur les Britanniques pour boucher ce trou capacitaire dans le cadre d’opérations de l’alliance atlantique, forcément. A moins que les USA ne continuent à jouer les indispensables sur le théâtre européen … (ce qui est d’ailleurs vraisemblable malgré les gesticulations bruyantes de l’administration américaine).
La formation des pilotes d’avions de l’AAE voit des évolutions successives depuis une quinzaine d’années, mais il semble qu’une stabilisation verra le jour ces prochaines années, avec l’arrivée à l’EPAA des PC-7 Mk2 en remplacement des Grob-120. Le cursus de tronc commun rejoindra bientôt la base école de Salon-de-Provence, où il voisinera avec les Cirrus SR-20/22 des escadrons de formation Comtat-Venaissin, Cévennes et Aunis du CFAMI.

Les vénérables Embraer 121 Xingu de l’Ecole d’Aviation de Transport d’Avord se dirigent vers une retraite méritée, la mise en œuvre d’un autre bi-turboprop (ou d’un biréacteur) étant envisagée à moyenne échéance. Quant à l’Ecole d’Aviation de Chasse, elle a trouvé sa solution d’avenir avec le système PC-21 … à moins que certains ajustements n’aient lieu à moyenne échéance, en lien avec le futur de la Patrouille de France ? Mais il n’y aura pas d’Alphajet Mk2 !

La formation de base des pilotes d’hélicoptères reste liée à celle de l’armée de Terre et de la Marine (Hélidax), la spécialisation suivant l’évolution des deux flottes en service dans l’AAE : les hélicoptères légers (Fennec puis H160M en 2030) à Orange et moyens (H225/M Caracal), à Cazaux.
Nous avons une Armée de l’Air qui possède de beaux atouts, mais qui présente encore les stigmates de ‘restructurations’ abusives. En l’absence d’une bonne lisibilité géostratégique en Europe, il conviendrait de combler rapidement quelques trous capacitaires nationaux, peu nombreux … mais handicapants.
(note aux experts : prière de me signaler tout oubli ou erreur, qui sera corrigé(e) sans délai …. MERCI)
| Escadron | Traditions | Avion(s) | Base |
|---|---|---|---|
| EC 1/3 Navarre | SPA95 SPA153 SPA62 | Mirage 2000D | Nancy-Ochey |
| EC 2/3 Champagne | SPA67 SPA75 SPA102 | Mirage 2000B/D | = |
| EC 3/3 Ardennes | 1.GCIII/3 2.GCIII/3 BR44 | Mirage 2000D | = |
| Escadron | Traditions | Avion(s) | Base |
|---|---|---|---|
| EC 1/2 Cigognes | SPA3 SPA103 SPA73 | Mirage 2000-5F | Luxeuil |
| EC 3/11 Corse | SPA88 SPA69 | Mirage 2000-5F/D | Djibouti |
| Escadron | Traditions | Avion(s) | Base |
|---|---|---|---|
| EC 1/4 Gascogne | SAL28 SPA79 BR66 SPA37 | Rafale B | Saint-Dizier |
| EC 2/4 La Fayette | N124 SPA167 SPA81 SPA96 | = | = |
| EC 1/5 Vendée | SPA26 SPA124 C46 | Rafale C/B | Orange |
| EC 1/7 Provence | SPA15 6.GC III/7 | Rafale C/B | Al Dhafra |
| EC 2/30 Normandie-Niémen | SPA93 SPA97 SPA91 | Rafale C/B/M | Mont-de-Marsan |
| EC 3/30 Lorraine | SPA38 SAL56 SPA162 | = | = |
| Escadron | Traditions | Avion(s) | Base |
|---|---|---|---|
| ERVTS 1/31 Bretagne | BR108 VB25 BR129 | A330 Phénix | Istres |
| ERVTS 2/31 Estérel | BR227 F110 (BR224) | A330-200 (K) | = |
| ETP 3/31 Landes | SAL22 | A330 Phénix | = |
| Escadron | Traditions | Avion(s) | Base |
|---|---|---|---|
| ET 1/61 Touraine | VB101 VB113 ELA53 | Airbus A400M | Orléans-Bricy |
| ET 3/61 (FS) Poitou | F118 F119 F121 | C-130H, DHC-6, A400M | = |
| ET 4/61 Béarn | SAL14 SAL18 | Airbus A400M | = |
| ET 1/62 Vercors | SPA-Bi55 SAL8 SPA-Bi2 | CN-235 | Evreux |
| ET 3/62 Ventoux | SAL105 VR551 | CN-235 | = |
| ET 60 | ET 2/63 GLAM ELA52 BR226 | A330, EC225, Falcon 7X et 2000 | Villacoublay |
| ET 41 Verdun | Verdun | TBM 700 | Villacoublay |
| ET 43 Médoc | ELA43 (ELA44) | TBM 700 | Mérignac |
| ET Rhin/Rhein | ? | C-130J-30 KC-130J | Evreux |
| Escadron | Traditions | Aéronef | Base |
|---|---|---|---|
| ED 1/33 Belfort | SAL33 VR291 BR218 | Reaper | Cognac |
| ED 2/33 Savoie | SAL6 SPA-Bi53 BR244 | = | = |
| ETOD 3/33 Moselle | BR11 | = | = |
| Escadron | Traditions | Aéronef(s) | Base |
|---|---|---|---|
| EDCA 36 Berry | SAL58 BR43 SAL253 SAL257 | E-3F | Avord |
| EEA 54 Dunkerque | BR228 SAL1 SAL259 (GMT 59) | en attente Archange | Evreux |
| EALSR 4/33 Périgord | SAL259 | Beech 350 Vador | Cognac |
| GAM 56 Vaucluse | ELA56 ? | C-130H H225 | Evreux |
| ECE 1/30 Côte d’Argent | BR127 BR128 | Mirage 2000D, Rafale, Alphajet | Mont-de-Marsan |
| EE 3/8 Côte d’Or | SPA65 SPA57 | Alphajet | Cazaux |
| EPAA | Alphajet | Salon-de-Provence | |
| EVAA | Extra 330 | = |
| Escadron | Traditions | Aéronef(s) | Base |
|---|---|---|---|
| EH 1/67 (FS) Pyrénées | SAL 17 BR29 BR123 EHM 2/65 | H225M Caracal | Cazaux |
| EH 3/67 Parisis | SPA 99 | Fennec | Villacoublay |
| EH 1/65 Alpilles | EH 4/67 VB135 | Fennec | Orange |
| EH 1/44 Solenzara | EARS99 EH 2/67 V571 | Puma | Solenzara |
| Escadron | Traditions | Aéronef(s) | Base |
|---|---|---|---|
| ET 50 Réunion | – | Fennec, CN-235 | Saint-Denis |
| ET 52 La Tontouta | EROM80 BR107 | Fennec, H225M ou Puma, CN-235 | La Tontouta |
| ET 55 Ouessant | – | Fennec | Libreville |
| ET 68 Antilles-Guyane | ETOM58 SPA152 | Fennec, H225M, CN-235 | Cayenne |
| ET 82 Maine | – | CN-235 | Tahiti Faa’a |
| ET 88 Larzac | BR117 BR120 | H225M, CN-235 | Djibouti |
| Escadron | Traditions | Aéronef(s) | Base |
|---|---|---|---|
| EIAM (312) | – | D-140, planeurs | Salon-de-Provence |
| EFNC 1/93 Aunis | SAL277 SAL10 | Cirrus SR-22 | = |
| EIV 2/93 Cévennes | VB109 VB125 | SR-20/22 | = |
| ESE 3/5 Comtat-Venaissin | ERC571 SPA171 | = | = |
| EIV 1/13 Artois | SPA83 SPA100 | Pilatus PC-21 | Cognac |
| EIV 2/12 Picardie | SPA172 SPA173 EALA9/72 | Grob 120 | = |
| STANEVAL 1/11 Roussillon | 5.GCIII/6 6.GCIII/6 | = | = |
| EIV 3/13 Auvergne | SPA85 4.GCII/9 | Pilatus PC-21 | Cognac |
| EIV 4/7 Limousin | 1.GCI/9 2.GCI/9 | PC-21 | = |
| EIV Fourchambault | CIEB IV/21 CIVM ? | Embraer 121 Xingu | Avord |
| ETO Hélicoptères légers | GAO 2/520 | AS555 Fennec | Orange |
| ET Rafale 3/4 Aquitaine | 4B3 2.GB I/25 SPA160 | Rafale B/C/M | St-Dizier |
| ET Phénix 3/31 Landes | SAL22 | A330 Phénix | Istres |
Notes :
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