TARANIS est le grand exercice focalisé sur l’action du transport aérien dans un cadre de haute intensité. Il se tient durant trois semaines principalement à partir des bases aériennes 123 d’Orléans et 115 d’Orange et voit l’action combinée de tous les moyens de la Brigade Aérienne d’Assaut et de Projection.

Si le transport aérien militaire français peut capitaliser sur 60 années d’opérations extérieures, principalement africaines, cette expérience n’est pas suffisante pour assurer le succès des forces armées françaises dans un contexte de guerre moderne, face à un adversaire à parité.

Le défi de la haute intensité est particulièrement difficile à relever pour des aéronefs de transport qui évoluent en basse altitude près de la ligne de contact, et même au-delà. La première fonction de l’exercice TARANIS 2025 est donc de tester tous les moyens de la BAAP dans un contexte où les menaces actuelles sont prégnantes.

Sans rentrer dans des détails que nous ne connaissons pas, la haute intensité se traduit par une saturation du théâtre en moyens anti-aériens, létaux, de tous types, par la collecte et du partage en temps réel des informations tactiques, par des capacités de brouillage pouvant affecter les moyens de guidage et de radio-navigation des aéronefs, par la présence potentielle sur un site donné de milliers de drones, et par une situation tactique pouvant évoluer très rapidement.

Enfin, dans un conflit tel qu’on l’observe en Ukraine, on observe la présence de centaines de milliers de soldats entraînés et équipés au sein d’un immense théâtre et de batailles qui se prolongent pendant des mois en une région donnée, à l’image de ce que nos aïeux ont connu en 14-18. D’où la nécessité d’agir dans la durée, malgré une usure des moyens, et même une attrition qui ne peut être évitée, mais qui peut être prévue et minimisée.

Dans une telle situation, l’aviation de transport tactique constitue l’atout permettant de créer la surprise, à petite échelle avec quelques avions, ou à grande échelle avec une flotte conséquente. L’opération Overlord du 6 juin 1944 connut le succès grâce à l’aérolargage et à l’aérotransport nocturnes (par planeurs) de deux divisions alliées, ne l’oublions pas.

Il y a une condition indispensable pour que l’assaut et la projection aériennes puissent se dérouler avec succès : bénéficier de la suprématie aérienne, au moins régionale, durant la durée de l’opération, ou a minima d’une supériorité aérienne forte en temps et un lieu donnés. Le Major-Général Tardif l’a rappelé durant son exposé de synthèse du 14 novembre, sur la base aérienne 123. L’action des transporteurs doit être donc précédée et accompagnée par des opérations de l’aviation de chasse et d’appui. On le vit également en Normandie …

Le défi de la haute intensité étant aussi celui de la durée et de l’usure des moyens, l’exercice TARANIS 2025 met l’accent sur des opérations de maintenance en temps réduit, avec des moyens dégradés.

Le Général Colardelle, commandant la BAAP insiste sur cette nécessaire ‘robustesse’, tout comme il souligne que l’on ne pourrait faire la guerre d’aujourd’hui (ou de demain) avec les moyens de transport aérien d’hier. A ce titre, les performances et la versatilité d’aéronefs tels que l’A400M ou le Caracal constituent des atouts remarquables pour les opérations …

On parle ici de la possibilité d’effectuer des missions en intégrant la gestion du risque, comme par exemple dépasser le potentiel prévu entre deux entretiens programmés en évaluant le risque encouru. On réalise alors en priorité les actions de maintenance sur les systèmes les plus critiques, et on abaisse le risque jusqu’à un seuil compatible avec des opérations en sécurité.

L’exercice TARANIS aborde aussi la continuation des opérations lorsqu’aéronefs et équipages effectuent des missions à partir de bases improvisées : ainsi, dans une situation où la base aérienne 123 serait directement menacée, l’aviation de transport est amenée à se dérouter et à opérer pendant plusieurs jours dans des conditions dégradées, rustiques, au départ d’un terrain secondaire.

… de même que l’adaptation de solutions techniques nouvelles sur des cellules plus anciennes, telles que le bras articulé Strike sur les Fennec des escadrons d’hélicoptères. L’exercice TARANIS voit aussi le premier emploi opérationnel du fusil brouilleur NEROD dans la lutte anti-drone, un engin déjà testé en opérations réelles.

La seconde fonction principale de TARANIS est la qualification au plus haut niveau opérationnel de pilotes et d’équipages. Ainsi, le volet Rotary Wing Mission Commander Course permettra à trois pilotes d’hélicoptères d’obtenir une qualification de Mission Commander durant ces trois semaines d’exercice.

De même, pour ce qui est des avions, le Fixed Wing Mission Commander Course permettra aux équipages d’obtenir les qualifications de Mission Commander, Package Leader (mission à 4 avions) et Element Leader (mission à 2 avions).

Tout ceci se déroule pendant les trois semaines d’un scénario de crise pré-établi, dans un environnement simulant la haute intensité : attaques cyber, brouillage des instruments de navigation et de communication, désinformation et interférences dans les chaînes de commandement.

La dernière semaine de TARANIS 2025 s’achèvera le 27 novembre … jour où sera célébré le 80ème anniversaire du transport aérien militaire, héritier du GMTTA de 1945 (Groupement militaire des moyens du transport aérien). Une belle et longue épopée qui se poursuit !

Alexandre et escadrilles.org
Remerciements : Au SIRPA-Air, Capitaine Mélissa et Lieutenant Clara, pour mon accréditation, et à la cellule Communication de la base aérienne 123, Lieutenant Clémence, pour son accueil lors de ce temps média du 14 novembre à Orléans-Bricy.
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