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Frisian Flag 2018

Leeuwarden au printemps : Frisian Flag 2018

L’exercice incontournable du printemps (pour les aviateurs militaires et les spotters) s’est déroulé du 9 au 20 avril. Sous une météo très variable (la première semaine) puis de plus en plus agréablement printanière.

La seconde semaine, le vent était constamment en tendance ouest. Par conséquent, la piste 24 (approche est) a été utilisée en permanence, contrairement à la tendance générale constatée les précédentes éditions.

Les Rafale de St-Dizier: des participants peu fréquents à Frisian Flag

Cette configuration a permis des points de vue un peu différents, au grand dam des habitants du village (très) voisin de Marsum, malgré les consignes de manœuvres évasives données aux pilotes pour le décollage. Celles-ci consistent normalement en un virage à droite sec immédiatement après la rotation, un rétablissement en montée, puis un virage gauche une fois en altitude. C’est ce que font les F-16 locaux. Certains visiteurs apportent leur touche. Ainsi, les Eurofighter montent en général à la verticale dès que les roues quittent le sol, et rétablissent (très) haut. Les Rafale, quant à eux, virent à droite quasiment en demi-tonneau, avant de reprendre la procédure locale.

Hasard ou ambiance ‘austère’ ? Seuls les F-16 hollandais et polonais avaient répondu présent cette année

Frisian Flag constitue sans doute aujourd’hui le plus gros exercice annuel organisé en Europe de l’Ouest.

Deux vagues de 50 machines sont lancées chaque jour, selon un timing quasi immuable : le matin premiers décollages 9 h, premiers landings 11 h, l’après midi même chose, de 13 h 30 à 15 h 30.

F-16 de la KLu … en 2019, une silhouette nouvelle fera son apparition aux Pays-Bas

Pour le photographe, ce sont donc deux fois deux heures de sprint, car le délai entre les derniers départs et les premiers retours sont courts.

Le principe de l’exercice est toujours le même : entraîner les pilotes à ce qui devient leur pain (presque) quotidien, à savoir des Combined Air Operations (COMAO), impliquant des aéronefs de combat de types, caractéristiques et performances différents.

Cette base posée, les scénarios varient bien sûr, en fonction de l’avancée de l’exercice et des demandes des participants. La souplesse est de mise, même s’il semble qu’en fonction des années, l’accent puisse être mis sur un point particulier (intégration d’un avion léger civil pour figurer un drone, d’un transporteur pour jouer le rôle d’un High Value Asset, par exemple).

Cette année, ce point accentué semble avoir été l’intervention d’agressors (Red Air) représentés par deux A-4N de Discovery Air et trois MiG 29 polonais (23 Blt/ 1.elt, Minsk Mazowiecki).

Un A-4N de Discovery, arborant un joli R, comme Richthoffen

Trois MiG 29 ou plutôt deux (le n°89 a subi les conséquences d’un atterrissage par très fort vent de travers lors de son arrivée le 5 avril, qui l’a rendu indisponible pendant tout la durée de l’exercice).

C’est évidemment regrettable, mais on se consolera un peu en se rappelant que l’avion en question avait largement pu être photographié au Tactical Weapons Meet de Florennes l’année dernière …

Le MiG 29 ’89’ vu ici en 2017, car il a subi un atterrissage dur à Leeuwarden

A noter que les deux MiG à numéros à deux chiffres (n° 59 et 89) sont d’anciens tchèques, livrés en 1995-1996.

Bien en évidence ici, un caractère unique du Fulcrum: ses entrées d’air obturées au roulage

Le troisième (111) a directement été fourni par les Russes. Pour mémoire, les Polonais ont également récupéré des MiG 29 ex allemands, reconnaissables à leur numéro à 4 chiffres.

Le MiG 29, agresseur parfait lors de cette édition de Frisian Flag

Originellement, tous les agresseurs (dont les MiG) devaient voler de Wittmund, mais ce plan initial fut apparemment changé, les Fulcrum faisant partie des vagues lancées de Leeuwarden.

Seuls les A-4 décollaient d’Allemagne, d’une base sans doute bien vide, puisque l’unité d’Eufie résidente, TLG 71 Richthoffen était justement partie prenante à l’exercice cette année …

Venu en voisin, un des Eurofighter du TLG 71 de Wittmund

Puisque nous parlons de péripéties, il convient également de noter que les missions du premier vendredi furent annulées, en raison semble-t-il des opérations lancées en Syrie.

Ces circonstances ont également conduit à l’absence du C-135 français et du Boeing 767 italien à l’exercice EART (European Air Refueling Training), à partir d’Eindhoven.

Comme il a déjà été évoqué, EART est depuis plusieurs années maintenant adossé à Frisian Flag, afin de conférer à ce dernier le volet ravitaillement en vol, sans lequel une opération n’est désormais plus concevable.

Jolie vue d’un roulage de 2000D, les pods sont des Damoclès et des PDLCT

Quoi qu’il en soit, il convient de noter une très forte présence française cette année. Elle a probablement constitué le point d’intérêt principal de cette édition, avec tout d’abord cinq Rafale B de St Dizier (EC 01.091).

Les Rafale, seuls chasseurs omnirôles de cette édition, avec les F-16

Les Rafale biplaces étaient flanqués de quatre Rafale C de Mont de Marsan (les trois escadrons étant représentés, dont le 03.030 Lorraine, avec le n°128 spécialement décoré à l’occasion du centenaire de l’escadrille SPA 162 Tigre).

‘Once a Tiger, always a Tiger’ : la SPA 162 fête son centenaire

Cette unité, qui fit les beaux jours de la base de Cambrai, est co-fondatrice du Tiger Meet, et d’ailleurs la seule encore en activité (les deux autres, dissoutes, étant le 79th TFS, USAF, et le 74th Sqn, RAF).

Le 3/30 Lorraine a pris le relais du 1/12 et conservera longtemps la SPA 162

Belle occasion d’apercevoir ces avions qui ne sont pas prévus au Tiger Meet organisé à Poznan au mois de mai.

Belle occasion aussi de photographier le gros contingent d’EF-18 M espagnols (Ala 15, Saragosse), qui apparemment ne sera pas non plus en Pologne.

Bien chargés en carburant, les F-18 de l’Ala 15 ont dû jouer les muds …

Les Rafale, que l’on n’avait pas vus à Leeuwarden depuis 2008, étaient accompagnés de quatre Mirage 2000D de Nancy, deux avions supplémentaires ayant été aperçus le dernier jour de l’exercice.

Le ‘645’ n’a pas vu les choumacs depuis un moment. Les bidons de pétrole proviennent des 2000N …

De quoi (presque) éclipser les 12 F-15 MSIP (11 C, 1 D) de la garde nationale US, déployés en Europe tous les ans depuis 2015 dans le cadre de l’opération Atlantic Resolve.

Ô combien attendus, les F-15C étaient accompagnés de cet unique biplace

Cette année marque donc le retour du 104th FW (Massachussets ANG), déjà venu en 2016, et celui du 142nd FW (Oregon ANG, Portland), qui avait créé l’évènement lors du premier déploiement en 2015.

Le 104è FW est depuis 2008 la seule unité de F-15 de la Massachussett ANG

Le spotter étant chroniquement insatisfait, il aurait aimé fixer sur carte l’autre unité de F-15 de la garde de l’Oregon (le 173rd FW, Kingsley Field) …

Les F-15 de l’Oregon auraient dû être plus nombreux, mais des soucis sur la structure des ailes ont scotché au sol une partie de la flotte

Signe des temps, la part de F-16 dans le nombre total des avions impliqués dans l’exercice diminue : certes, les Néerlandais étaient présents en nombre (322 Sqn, Leeuwarden, 312 et 313 Sqn, Volkel), puisque Frisian Flag est leur exercice annuel incontournable.

F-16 du 322 Sqn de Leeuwarden, jouant à domicile

Intéressant et rare, parmi les F-16 de la KLu figurait un des cinq F-16B affecté normalement au 148th Fighter Sqn, 162nd FW, Arizona ANG, Tucson, unité chargée de la formation des jeunes pilotes arrivant sur F-16.

La déflation du parc de F-16 hollandais à Tucson nous amène un peu de couleur

La vingtaine de Fighting Falcon locaux pouvait aussi compter sur les cinq F-16C Block 52 polonais du 31.Blt de Poznan … qui seront quant à eux présents au Tiger Meet, sauf énorme imprévu …

Avion de pointe de l’aviation polonaise, ce F-16C Block 52 semble configuré pour l’air-air

Cela dit, il convient de noter que ni les Norvégiens, ni les Danois, ni les Portugais … ni surtout les Belges (pourtant très assidus à Frisian Flag) n’étaient présents cette année, ce qui évidemment fit baisser le nombre de F-16 potentiellement présents.

Avec un joli mix d’avions de facture américaine, russe, française et européenne, Frisian Flag 2018 proposait néanmoins un tableau exceptionnel.

Copyright: Frank Boucot et escadrilles.org