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Eufie autrichiens en campagne

Air2Air Gunnery : Les Autrichiens font parler la poudre à Wittmund

Avec une flotte réduite de 15 appareils, les Eurofighter autrichiens ne se montrent pas très souvent en dehors de leurs frontières. Affectés à une mission principale de défense aérienne locale, ils sont en outre le plus souvent dépourvus de réservoirs supplémentaires.

Pour la première fois pourtant, à la fin du mois d’avril dernier, sept d’entre eux se sont déployés à Wittmund, en Allemagne du Nord, pour leur première campagne de tir air-air, d’une durée de deux semaines.

A Wittmund, les Eufie autrichiens ne se sont entrainés qu’au tir canon, mais emportaient les maquettes d’IRIS-T

Il devenait alors très tentant de faire le voyage pour observer rien moins que la moitié de la flotte totale de ce pays, en pleine configuration opérationnelle…

Un bref historique de la Chasse Autrichienne

Annexée au Reich Allemand en 1938, puis occupée à l’issue du deuxième conflit mondial par les armées alliées (y compris russes), l’Autriche ne retrouva sa pleine souveraineté qu’en 1955. Pays neutre, elle ne fait pas partie de l’Otan. Ce statut est la conséquence directe des négociations du Traité d’Etat Autrichien (Staatsvertrag), signé le 15 mai 1955 à Vienne.

La raison d’être et la fonction primaire de l’armée autrichienne, outre diverses missions de service public, est depuis lors de protéger cette neutralité, élevée au rang constitutionnel. Le premier avion à réaction en service fut le DH 55 Vampire, affecté en 1956 à l’école de Chasse.

Mais il fallait trouver un vecteur capable d’effectuer la mission d’interception indispensable, à l’instar de la Suisse, pour protéger l’intégrité de l’espace aérien national. Le Fiat G-91, le F-86  Sabre et le MiG-17 ont un temps été envisagés, mais ce fut finalement 30 J-29F Tunnan qui furent acquis d’occasion en Suède au début des années 60.

SAAB J-29 Tunnan autrichien, meilleur que le Sabre, selon les témoignages

Ils furent affectés au Jagdbombergeschwader (Escadre de chasseurs bombardiers) créée en 1961. Les avions étaient uniquement équipés de leurs 4 canons Hispano de 20 mm et de roquettes, les avions du second lot, modifiés pour la reconnaissance, étant dotés de caméras.

A la fin des années 60, et faute d’accord sur un remplaçant, il fut décidé d’acheter, toujours en Suède, 40 Saab 105, en version « Ö ». 10 étaient destinés à l’écolage, et 30 à l’Escadre de Chasse… quoique l’avion ne soit manifestement pas adapté à la mission de cette dernière, ou alors de façon très marginale.

Le SAAB 105, plutôt police du ciel qu’intercepteur

Ces avions comportaient quelques améliorations par rapport au standard suédois : moteurs plus puissants, capacité d’emport plus élevée et avionique améliorée.

Suite à l’implosion de la Yougoslavie au début des années 90, l’Autriche eut à subir des incursions de chasseurs, notamment serbes, dans son espace aérien. Il convient en effet de rappeler que l’Autriche connait une frontière commune avec la Slovénie, au sud.

J-35 Draken; l’autre avion de chasse léger à aile delta

Afin d’améliorer un tant soit peu sa capacité d’interception, l’Autriche décida donc de se tourner une fois de plus vers la Suède et d’acquérir 24 Saab Draken. Les SAAB 105 restants demeurant quant à eux en service pour l’entraînement et une mission secondaire d’interception légère.

En outre, et afin de permettre aux intercepteurs de bénéficier d’un armement crédible, les restrictions que comportait le traité de 1955, notamment quant à l’utilisation des missiles (air-air et Manpads), furent levées en 1993.

L’acquisition des Draken mit fin à une vingtaine d’années de débats politiques relatifs à l’opportunité d’acquérir un chasseur de cette catégorie. Finalement donc, un contrat fut conclu avec SAAB, en 1985, pour l’achat de 24 J-35D d’occasion, ces avions auparavant en service en Suède étant rafraîchis et upgradés.

Les machines ainsi remises au goût du jour prirent le vocable de J-35OE. Les modifications concernaient initialement l’installation d’une verrière sans montant de J-35F, la dépose de certains équipements spécifiques à la Suède et l’installation d’une nouvelle avionique. La cellule avait en outre été revue de manière à rajouter à l’avion un potentiel de 1000 heures de vol.

Entre 1994 et 1997 les avions reçurent en outre un nouvel upgrade modeste, leur permettant de bénéficier sur le sommet de la dérive d’un Radar Warning Receiver, autrefois installés sur les Draken danois. Ce système était complété d’un éjecteur de leurres, de la même provenance, et de missiles Sidewinder AIM-9.P5.

A bout de potentiel, les avions furent retirés fin 2005. Leur remplacement a donné lieu aux atermoiements politiques qui semblent coutumiers en Autriche, qui finalement ont abouti à l’acquisition de l’Eurofighter Typhoon (voir ci-après).

Première infidélité à l’avionneur suédois, mais juste temporaire: des Northrop F-5E (d’ailleurs ils étaient également neutres)

Ces avions ne pouvant toutefois être disponibles qu’en 2007, les Autrichiens ont été conduits à louer, à titre interimaire, 12 F-5E Tiger II auprès des Troupes d’Aviation Suisses.

Changement d’ère pour la Chasse autrichienne: arrivée des Eurofighter

La chasse autrichienne aujourd’hui

Elle est constituée de 15 Eurofighter Typhoon Tranche 1, au standard allemand dégradé, puisque dépourvus de certains équipements, tel les systèmes de détection d’approche missile. Ils disposent néanmoins des missiles d’interception Iris–T en service en Allemagne. Les avions, scindés en deux Staffeln respectivement basés à Linz-Hörsching et Zeltweg, sont regroupés au sein de l’überwachunggeschwader (Escadre de Surveillance). Leur intervention se fait en liaison avec le système Radar GoldHaube mis en service en 1988.

Très belle vue d’un Eurofighter avec pod ACMI (?): bouchon du canon Mauser enlevé

L’acquisition de ces machines, décidée en 2002 et effective à compter de 2007, pour la somme de 2,6 Milliards d’Euros, s’est déroulée sous un halo de soupçon de corruption. En effet, l’Eurofighter n’avait pas eu la faveur de la force aérienne, qui à l’issue d’évaluations à la fin des années 90 préférait le F-16 ou le F-18, utilisé notamment par les Suisses dans une mission similaire.

Avion équipé de deux maquettes d’IRIS-T, avec auto-directeur infra-rouge

De surcroît, pour un prix sensiblement équivalent, SAAB proposait 24 Gripen. L’affaire empoisonna la vie politique locale. L’annulation du contrat ne fut pas jugée possible mais la commande fut réduite de 18 à 15 avions.

Les Eufies en campagne de tir

Depuis leur mise en service, c’était la première campagne de tir air-air des Eufies autrichiens, dont sept exemplaires ont donc été déployés pour deux semaines à Wittmund.

L’ombre des F-4F plane encore sur l’aérodrome de Wittmund !

Cette plateforme, qui fut la dernière à accueillir des F-4F jusqu’à leur retrait en 2013, bénéficie de la proximité de champ de tir en mer Baltique et en Mer du Nord, et accueille les sept Skyhawk de la Société Canadienne Discovery Air, qui effectue en externalisation diverses prestations pour la Luftwaffe, dont du target-towing.

Skyhawk de Discovery Air en pleine action

Cette activité a été relatée précédemment dans un autre article, qui peut être consulté ici. La présence de ces périmètres de tir a été une des raisons qui a sauvé la base, dont la fermeture avait été un temps envisagée.

A l’origine, Wittmund ne devait plus accueillir qu’une poignée d’avions, détachés du Taktisches Luftwaffen Geschwader 31 Boelcke (Nörvenich), et réunis sur le vocable Taktisches Luftwaffengruppe Richthofen.

Eufie du TLG 31 Boelcke, avec insigne du détachement Richthofen de Wittmund

Les avions concernés arboraient l’insigne du Boelcke sur la dérive (ou celui d’autres unités, en fonction des rotations), mais également celui du Richthofen, au dessous du cockpit. Désormais, il semble toutefois certain que l’unité de Wittmund a acquis son indépendance par rapport à Nörvenich, et puisse être désignée Taktisches Luftwaffen Geschwader 71.

Décoration ‘discrète’ en l’honneur du Baron Rouge, qui trouva la mort le 21 avril 1918

Les avions de la base n’arborent donc plus l’emblème du TakLwG 31, mais uniquement celui du Richthofen, toujours sous le cockpit. A échéance, l’unité sera équipée d’une vingtaine d’appareils, qui serviront entre autre à assurer la QRA sur le Nord de l’Allemagne.

Les Eufie autrichiens ne brillent pas par leur décoration, peut-être une clause du contrat de location ?

Les Autrichiens ont donc déployé la moitié de leur flotte d’Eurofighter, soit la quasi-totalité des avions disponibles. En général, deux vagues de 4 avions étaient lancées chaque jour, une le matin, une l’après- midi.

Typhoon de la QRA alias PO alias Alarmrotte de Wittmund (TLG 71)

Les Autrichiens étaient accompagnés des avions de la QRA locale (Alarmrotte, en allemand), et bien sûr d’un ou deux Skyhawk de Discovery, tracteur de cible.

Prochaine étape pour l’Uberwachung Geschwader autrichien: tir missile à Decimo ?

L’affaire fut semble-t-il rondement menée, puisque dès le jeudi de la seconde semaine, les avions avaient de nouveau reçu le cache recouvrant le canon, signe que les tirs étaient terminés.

Copyright: Frank Boucot et escadrilles.org

Addendum: une décision récente annonce le retrait du service des Eufie autrichiens et leur remplacement par un autre type de chasseur, non spécifié … Suite du feuilleton ‘La Chasse autrichienne et ses avions’ !