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Export: de l’Ouragan au Rafale

On n’exporte pas des chasseurs par hasard

Notre avionneur favori eut des débuts fort modestes avec son avion de première génération, le MD-450 Ouragan, au début des années 50. Avion techniquement inférieur aux concurrents US et britanniques, l’Ouragan fut pourtant exporté à deux pays qui avait un besoin pressant, Inde et Israel. L’URSS stalinienne était hors-jeu à l’époque. Succès modeste pour l’Ouragan à l’export, même pas 179 appareils au total.

Le 'Toofani', premier chasseur à réaction en Inde

Le ‘Toofani’, 2è chasseur à réaction en Inde, après le Vampire (photo A. Wilson)

Quelques années plus tard, Dassault répète le coup pour ses chasseurs de seconde génération, avec les deux mêmes pays: le Mystère IVA et le SMB.2 sont exportés à 195 exemplaires (chiffres officiels). Bien qu’ayant rattrapé une partie de son retard technologique avec ces deux appareils, Dassault bénéficia aussi de la bonne impression laissée par le rustique Ouragan.

Après avoir changé la motorisation, Israel revendit son surplus de B2 au Honduras

Après avoir changé la motorisation, Israel revendit son surplus de B2 au Honduras (photo H. Cintron)

D’autre part, les USA vendent à cette époque le F-86F au Pakistan et la Grande-Bretagne exporte son excellent Hunter à l’Inde, mais ce pays garde prudemment une fidélité pour le constructeur français. Deux sources valent mieux qu’une.

Nombre de pays clients à l'export de chasseurs Dassault (première main)

Nombre de pays clients à l’export de chasseurs Dassault (première main)

A l’avènement du Mirage III, puis du 5, Dassault et les industriels français sont parvenus à produire un appareil unique, le ‘Mach 2 pour tous’, damant le pion aux Américains qui ont tout misé sur un puissant chasseur lance-missiles, le Phantom II, tout en produisant ‘pour les pauvres’ un appareil inférieur au Mirage, le Northrop F-5.

Le Mirage IIIC (ici en 1973 à Longvic): le meilleur chasseur léger de sa génération

Le Mirage IIIC (ici en 1973 à Longvic): le meilleur chasseur léger de sa génération

Les Russes sont là, mais n’exportent à cette époque qu’à des pays de la nébuleuse communiste ou des ‘non-alignés’. Les Anglais sont sortis du circuit. Le résultat est impressionnant: environ 930 Mirage III et 5 exportés, à 20 pays (vente de 1ère main uniquement). Un pic qui ne sera plus jamais atteint pour un avion militaire français.

Nombre de chasseurs exportés par Dassault, selon les générations

Nombre de chasseurs exportés par Dassault, selon les générations

Ensuite, avec le Mirage F-1, avion de génération intermédiaire produit pour conserver la supériorité aérienne dans les années 70 en attendant l’avion de combat futur, le succès est encore confirmé: 500 appareils exportés dans 10 pays.

Le radar n'étant pas le point fort des Mirage III, la version sans radar s'exporta très bien

Le radar n’étant pas le point fort des Mirage III, la version sans radar s’exporta très bien

La fin des années 60 et le début des années 70 voient se produire un cafouillage en France, à l’origine duquel on trouve une coopération franco-britannique avortée (déjà): l’Armée de l’Air, les politiques, Dassault, en pincent pour un bi-réacteur puissant (AGV, puis Mirage G-8, puis ACF) que finalement la France ne pourra pas se payer.

Jusqu'au début des années 1980, Dassault met le F-1 en avant

Jusqu’au début des années 1980, Dassault met le F-1 en avant

Lorsque le programme ACF est arrêté le 18 décembre 1975, Dassault décide de produire le prototype du Mirage 2000 … avant même que la fiche programme ne soit émise … le ’01’ vole le 10 mars 1978 !

Le premier prototype du 2000 arrivé un peu tard

Le premier prototype du 2000 arrivé un peu tard (vu en juin 1979)

Cependant, entre temps, les USA ont conçu et fait voler le General Dynamics F-16, vainqueur du programme Light Weight Fighter, qui est proposé au consortium du ‘Marché du Siècle’ (Belgique, Danemark, Norvège, Pays-Bas). Le Mirage F-1 M53, ou F-1E, proposé par la France en 1974, est tout simplement dépassé par ce produit de nouvelles technologies.

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Il est absolument évident que le F-16 surclassa tout le monde de 1975 à 1985

La suite, on la connait: il est trop tard quand le Mirage 2000 de série est prêt, avec radar et réacteur définitif. La plupart des pays qui voulaient un successeur au Mirage ont pris du F-16. Ou du F-18 (Suisse, Espagne).

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Tout juste en service en 1984, ce 2000C avec un radar RDM ‘intérimaire’

Malgré ce handicap initial, Dassault exporte quand même le 2000 à huit pays, pour un total de 298 exemplaires. La plupart de ces pays avaient auparavant volé sur Mirage, sauf l’Inde, et Taïwan; dans ces deux cas, Dassault profite d’une absence d’offre des USA. Les Russes placent du MiG-29 en Inde ou ailleurs, puis du Sukhoi 27.

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Même peu exporté, le Mirage 2000 est un bel ambassadeur de la technologie française

Depuis une dizaine d’années, avec le Rafale, Dassault se trouve dans une configuration nouvelle: il a quitté le segment du monomoteur (l’Armée de l’Air possède enfin son bi-réacteur !), et se heurte donc de front au haut de gamme US (F-22 exclus) et européen. Mais le haut de gamme ne peut être acheté que par des pays ayant un niveau technologique élevé dans leur force aérienne, beaucoup de liquidités … et un vrai besoin pour un avion de guerre. Pas uniquement pour défiler le jour de la fête nationale.

Entre le F-16 et le F-35, il y a un espace pour le Rafale ... et l'Eurofighter

Entre le F-16 et le F-35, il y a un espace pour le Rafale … et l’Eurofighter

Pour l’heure, le succès à l’exportation du Rafale est limité. Mais si l’US Air Force ne relance pas la production d’un F-16 ‘nouveau’, les années de cet avion formidable sont comptées …  (idem pour un Super F-18). Or, le programme F-35 ayant absorbé toutes les ressources, les USA n’auront que le Lightning II, oiseau à la naissance difficile, à proposer à l’export.

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Le Typhoon, un frère jumeau assez encombrant sur le marché export

On se retrouverait un peu comme au début des années 60, avec cependant l’Eurofighter en concurrent numéro 1 du Rafale (28 avions vendus au Koweit en avril dernier … pour 8 milliards d’euros, avec radar AESA et pod Sniper). Les Russes proposent la famille Sukhoi, des chasseurs lourds, mais pas vraiment polyvalents, peu attractifs au final.

Rafale en 2014

Un avion multirôle bienvenu en Inde, et attendu ailleurs

Actuellement, si on regarde la situation, les trois pays qui ont acheté du Rafale volaient déjà sur Mirage 2000. Taïwan étant de nouveau bien en cour aux USA, et le Brésil ayant opté pour un chasseur léger, il reste sur la feuille de route du Rafale: le Pérou, les Emirats … et la Grèce !

Une dernière remarque, avec le Mirage 2000, Dassault n’était parvenu à pénétrer qu’un seul nouveau marché export, Taïwan. Fera-t-il mieux avec le Rafale ? Sans doute !

Alexandre et escadrilles.org