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Ilmavoimat : de la neutralité imposée vers l’OTAN

Écrit le 13/03/22, dans Actualités Internationales

L’aviation finlandaise ouverte aux vents d’ouest

Escadrilles l’a déjà souligné : la composition d’une force aérienne est presque toujours un thermomètre fidèle de son positionnement stratégique. L’ Ilmavoimat finlandaise illustre à merveille ce paradigme. Sortie presque indemne du second conflit mondial après avoir combattu avec détermination les Soviétiques (qui avaient envahi la Carélie), puis à partir de 1944, l’Allemagne (qui l’avait occupée), la Finlande se vit imposer un régime de neutralité stricte lors du traité de Paris de 1947.

Le Fouga restera l’exception française au sein de l’Ilmavoimat

Limitée à 60 avions de combat, l’Ilmavoimat accéda aux avions à réaction à partir de 1954-55 grâce à une quinzaine de Vampire issus des surplus britanniques. Une flotte de 80 Fouga Magister permit bientôt à la force aérienne de s’étoffer ; étant des jets d’entraînement, ils n’entraient pas dans le quota du traité de 1947. Puis l’Ilmavoimat devint supersonique tout en ayant soin de commander des avions à son ombrageux voisin oriental : MiG-15 et MiG-21 biplaces firent leur entrée à partir de 1962 et 1965, respectivement.

L’URSS s’imposa en fournisseur de chasseurs, dans les années 60, avec des MiG-21 en version basique

Enfin, à partir de 1973, des MiG-21F firent le bonheur des pilotes finlandais, un total de 22 étant acquis pour servir dans un escadron (le 31e de Kuopio). A partir de 1978, ces MiG anciens furent complémentés par la version définitive du chasseur russe, le MiG-21 bis. Toutefois, un autre avion fit son entrée dans l’Ilmavoimat à partir de 1972 : le SAAB 35 Draken ; 12 avions dont 6 biplaces furent acquis à partir de 1972.

SAAB Draken : un avion acquis chez le voisin suédois, également neutre

Les Draken équipèrent l’escadron 11 de Rovaniemi, les Suédois livrant 24 avions supplémentaires à partir de 1975, les derniers étant issus de surplus de la Flygvapnet. On appréciera mieux la performance d’équilibriste des Finlandais en mentionnant l’achat de 75 Hawk britanniques à partir de 1980 … un biplace pouvant être converti facilement en avion d’attaque.

Ce Draken J35 est vu à Rovaniemi en août 1982

Puis arriva la chute du mur, prélude à la disparition de l’URSS : par un geste déterminé le 22 septembre 1990, la Finlande dénonça le traité de 1947 et se libéra ainsi des entraves qui la liait au voisin russe. Le choix du nouvel avion de chasse en 1995 indiqua clairement le sens du vent, puisque 65 F-18C/D furent acquis pour remplacer progressivement la totalité de la flotte de combat de l’Ilmavoimat.

Les F-18C et D furent le signe que la Finlande avait largué les amarres de sa neutralité stricte

Enfin, en 2020-2021, une compétition organisée dans le cadre du programme HX se conclut par l’achat de 64 F-35A pour un coût prévu de 10 milliards d’euros, comprenant bien sûr les pièces détachées et des lots d’armement compatibles avec l’avion américain. Initialement, les missiles air-air AIM-9X et AIM-120C8 composeront la panoplie air-air des Lightning finlandais. A noter que l’lmavoimat prévoit un coût d’utilisation annuel de 254 millions d’euros (équivalent à celui des F-18) … un chiffre qui a toutes les chances d’être dépassé.

La présence d’une force aérienne dans un exercice OTAN n’est jamais anodine …

Alors qu’un mouvement prononcé de rapprochement de la Finlande vers l’OTAN était en cours, avec une étape cruciale en 2021, il ne fait aucun doute que l’invasion russe en Ukraine précipitera l’adhésion complète de la Finlande … une issue qui transparaissait déjà nettement de l’acquisition de F-35A pour l’Ilmavoimat. L’achat d’un avion de combat est donc bien un geste des plus politiques, pour les pays qui n’en produisent pas.

Alexandre et escadrilles.org