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Rafale export : le jeu risqué de la France

Écrit le 06/08/21, dans Actualités Internationales

Du partenariat stratégique à la grande braderie

Les passionnés d’aviation le savent, les débuts du Rafale à l’exportation furent poussifs : l’Egypte, premier acheteur étranger (24 avions en 2015), vint quelque part apporter un bol d’oxygène salutaire au team Rafale, car les commandes d’une France chiche pour ses armées ne suffisaient plus pour pérenniser la chaîne d’assemblage à son niveau d’étiage, 11 appareils par an. Par la même occasion, le pays des pharaons fut adoubé ‘partenaire stratégique’ de la patrie de De Gaulle, en grandes pompes ; il est vrai que l’Egypte et la France ont historiquement partagé des intérêts communs et nourrissent des relations anciennes.

Un des Rafale qataris lors de l’exercice Anatolian Eagle 2021

La commande du Qatar (2015, 24+12 avions), pays économiquement très présent en France depuis les années 2000, fut également vue comme un bienfait pour les deux pays, bien que la France et le Qatar n’aient pas la même vision de l’évolution du monde et peuvent sans doute se faire face sur certains théâtres extérieurs. Cette commande n’est pas sans rappeler la vente de Mirage à la Libye, c’était au siècle dernier. Cependant, en 2016, la commande de 36 avions par l’Inde fut saluée comme une nouvelle avancée du ‘partenariat stratégique’ entre les deux pays, pour lesquels on peut parler en effet d’une amitié ancienne.

Un des 36 Rafale commandés par l’Inde, avions aujourd’hui opérationnels au sein de deux escadrons, près des deux frontières à risque de la grande démocratie

On en était là quand, cette année, le team Rafale fut récompensé par la commande de six appareils par la Grèce, avions neufs qui il est vrai sont complémentés par la vente de 12 appareils d’occasion prélevés sur la parc de l’Armée de l’Air. Lesquels, on l’apprit plus tard, seraient compensés par une commande de 12 Rafale au standard F4 pour l’AAE. La Grèce a fort à faire avec son voisin oriental qui nourrit des visions expansionnistes, et la France s’est toujours trouvée alliée aux Hélènes depuis le XIXe siècle. Nouveau ‘partenariat stratégique’, donc. On rappelle ici que nos forces aériennes sont déjà dans l’attente de livraison des 28 derniers Rafale commandés lors de la précédente LPM et livrables à compter de 2022, paraît-il.

Le premier Rafale grec, ex B305 de l’Armée de l’Air (photo C. Cosmao, DASSAULT Aviation)

Puis on apprit que, grande victoire de la diplomatie française, la Croatie se voyait elle aussi attribuer un lot d’occasion de 12 Rafale, prélevés eux aussi sur le parc de plus en plus maigre de la Grande Muette … allégresse de nos dirigeants, ‘on avait damé le pion au concurrent américain’. Observons tout de même que, parmi les pays des Balkans, c’est plutôt la Serbie que l’on trouva à nos côtés lors de moments difficiles de notre Histoire.

C’est à ce moment que l’on commence à se poser des questions sérieuses sur la vision à moyen terme de nos politiques post-modernes : les différents CEM répètent les uns après les autres que nous allons vers de la ‘haute intensité’ … et les dirigeants déshabillent l’Armée de l’Air, déjà diminuée après les plans ‘Armées 2000’ et ‘Armées 2010’ qui consacraient la brève ère de ‘détente internationale’, post-1989. Mais on nous dit que la diminution du parc de l’AAE sera compensée par l’achat d’équipements modernes pour la flotte de Rafale restante … Oui, la France membre permanent du CS de l’ONU … c’est là qu’on se pince pour s’assurer que l’on n’est pas dans un cauchemar !

Alors même que l’Armée de l’Air démontre des capacités nouvelles (exercice Heifara), nos dirigeants lui raccourcissent les ailes !

On observe déjà les résultats d’une pareille politique de gribouille : lors de l’exercice turc Anatolian Eagle, des Rafale qataris s’entraînent aux côtés des F-16 turcs et des JF-17 pakistanais. Et la Turquie et le Qatar ont conclut un accord permettant le stationnement permanent d’avions qataris sur le sol turc … Moralité, si j’avais comme ‘partenaire stratégique’ la France de 2021, je ne dormirais pas sur mes deux oreilles. La confiance se gagne par grammes et se perd par kilos.

Alexandre et escadrilles.org