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Rafale en Suisse : l’étrange défaite de la France

Écrit le 03/07/21, dans Actualités Internationales

Les Suisses continueront à se défendre avec du made in USA

Aucun pays n’aime être battu dans une compétition … pourtant, il faut un gagnant et des perdants, c’est le principe même de l’exercice. Dans le monde sportif, il y a de nombreux cas où la défaite est méritée, explicable, … et d’autres où l’on se dit que sans l’intervention de l’arbitre, ou du hasard, le match aurait eu une issue contraire. A quelle catégorie appartient le match qui a vu la Suisse acheter l’avion américano-britannique, le Lockheed-Martin F-35, au grand dam des supporters d’un autre finaliste, le Rafale ?

Les Hornet suisses, mis en service en 1997, ont encore de beaux jours devant eux …

Partons de deux hypothèses : (1) la compétition a été objective, donc l’évaluation d’Armasuisse n’a pas été biaisée en faveur du F-35, qui remporte l’évaluation ‘haut la main’ devant ses autres concurrents, français, européen, et américain, et (2) les multiples défauts de mise au point qui affectent encore le F-35 seront résolus d’ici le début de la mise en service du F-35A dans les Troupes d’Aviation Suisse. Notons que la seconde hypothèse est une preuve de confiance dans l’avenir … quand un banquier vous fait confiance pour un prêt, c’est qu’il a des garanties d’être remboursé !

Avec le F-35A, les Suisses font un pari sur l’avenir … et choisissent un allié !

Au niveau technique, résumons les fondamentaux : le Rafale est un biréacteur omni-rôle, conçu pour être performant dans tous les domaines, et non furtif, et le F-35A est un chasseur-bombardier monoréacteur, furtif dans sa mission de pénétration, et conçu en priorité pour attaquer des cibles tactiques (rayon d’action de combat de 400 à 600 nautiques selon le profil de mission), grâce à deux projectiles en soute, et deux missiles air-air d’auto-défense. Le F-35A peut aussi être configuré en intercepteur, emportant alors dans sa soute jusqu’à 6 missiles air-air (configuration en cours de validation).

Déclaré ‘chasseur-bombardier standard’ de l’OTAN, le F-35A n’est pas un choix optimal pour l’interception

En plus de sa furtivité en mission d’attaque, le F-35A possède un avantage technologique : il est conçu pour agir en réseau (avec d’autres avions du même type) grâce à une puissance d’échange et de traitement de données hors du commun. Sur ce plan, le Rafale présenté en compétition, le F3R, était clairement inférieur ; le standard F4 est prévu pour combler cette lacune à court et moyen terme … mais la compétition suisse portait sur des avions existants. Par contre, d’autres arguments servis au crédit du F-35A et traitant de l’interface homme-machine et de la fusion de données, paraissent ne pas tenir la route, le Rafale étant vanté pour être performant dans ce domaine.

Le Rafale, ici en Grèce, meilleur chasseur multi-rôle du moment … mais pas pour les Suisses !

Un autre point retient forcément l’attention de l’observateur, c’est la maintenance du F-35A, qui est fortement centralisé vers les USA et qui suppose des échanges massifs de données de mission grâce aux logiciels ALIS (assez défaillants) puis ODIN (en cours de développement), échanges vers Lockheed-Martin et l’USAF. Si la maintenance d’un système aussi complexe qu’un avion militaire moderne suppose obligatoirement le transfert de données vers le constructeur (et encore plus si la maintenance est semi-privatisée, comme avec RAVEL en France), c’est le niveau des données échangées qui est important. La Suisse accepte donc que beaucoup de données militaires soient transférées aux USA, une concession acceptée pour le secteur bancaire d’ailleurs.

Mirage IIIE du 1/13 en vol 1978
Si le Mirage III fut un grand succès à l’exportation, ce ne fut pas, pour la Suisse, avec un système d’armes français

Un dernier point apparaît clairement : Lockheed-Martin est parvenu à baisser substantiellement son offre financière, au point de bousculer la concurrence, en proposant de faire reposer l’entraînement des pilotes davantage de simulateur. Cela paraît logique, car tous les pilotes militaires du monde passent une partie de leur temps à s’entraîner sur des simulateurs, lesquels sont des systèmes hyper-sophistiqués confondants de réalisme (sauf pour ce qui est des facteurs de charge). Sauf que la sanction d’une erreur de pilotage au simu n’est jamais la mort, un facteur humain qui influe sur la valeur ajoutée des entraînements. Un des arguments de l’AAE pour acheter le Pilatus PC-21 était justement que le système suisse allie étroitement simulation et vol en vrai … avec le PC-21, on peut même simuler une mission en Rafale, selon l’Armée de l’Air !

En programmant convenablement leurs PC-21, les Suisses pourront quand même voler en Rafale, s’ils le souhaitent !!

Le Rafale est un avion parfaitement au point 15 années après sa mise en service initiale, avec des coûts de maintenance maîtrisés et compatibles avec de nombreuses forces aériennes. Ses perspectives d’évolution future sont bonnes, même au delà du standard F4 qui est commandé par l’Armée de l’Air. Est-il vu par les Suisses comme un avion du passé, en raison de l’ancienneté de la conception de sa cellule ? C’est douteux, mais possible. En tout cas, les Suisses lui ont préféré un avion américain.

Deux des perdants de la compétition suisse se tiennent compagnie sur un porte-avions US

Pour la troisième fois consécutive, c’est du made in USA qui volera avec la croix helvétique. Le Northrop F-5E et le McDonnell-Douglas F-18C s’étaient imposés jadis ; à chaque fois avec des arguments différents, la Confédération fait le choix des USA. C’est donc une constante … y-a-t-il de la politique dans ces choix, en plus de la valeur technique des offres ? Lorsque la Suisse avait choisi le Mirage III, chasseur superlatif du moment, ce fut en imposant un système d’armes américain … il est vrai qu’à l’époque, les missiles et radars français étaient peu performants.

F-18C HN-433
Prochain match, la Finlande … les paris sont ouverts. Le Rafale n’est pas favori !

Mais en définitive, la Suisse, en achetant le F-35A, avion américain formaté pour l’attaque furtive, n’indique-t-elle pas où se trouve son allié sûr … et qui sont les voisins incertains avec lesquels elle doit composer, géographie oblige ?

Alexandre et escadrilles.org