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Rafale en Grèce

Écrit le 02/11/20, dans Actualités Internationales

Déshabiller Pierre pour habiller Paul ?

C’est tout à l’honneur de la France et du président de la République d’avoir apporté un soutien effectif à la Grèce en des temps où la situation en Méditerranée orientale est instable. Parmi l’aide apportée, la présence temporaire de Rafale de l’Armée de l’Air en territoire héllénique ne fut pas le moindre des signaux envoyés à l’agresseur potentiel.

Une paire de Rafale B de la 4ème Escadre de Chasse

La volonté de la Grèce de commander 18 Rafale s’est traduite par une proposition comprenant 6 avions neufs et 12 avions au standard F3R prélevés sur la dotation de l’AA. Lesquels seraient compensés par une commande française complémentaire à livrer au terme de la présente LPM (2025). Des voix officielles et des commentaires se sont élevés pour expliquer que cette transaction diminuant momentanément le potentiel d’action de notre force aérienne était en fait bénéfique pour notre Armée de l’Air. Au motif que (1) la privatisation de la maîtrise d’œuvre de la maintenance des Rafale, le système RAVEL, allait entraîner une remontée de la disponibilité technique de la flotte compensant presque le départ de 12 avions, et (2) que les futurs nouveaux Rafale seraient à un standard plus récent (le F4) permettant leur évolution ultérieure vers les configurations de la prochaine décennie.

Un Rafale B au standard F3R, aux couleurs du 2/4 La Fayette, ici en mission d’entraînement

Nous ne commenterons pas ces arguments, sinon que l’expérience, en ce qui concerne les équipements de nos armées, conduit à regarder une vision du futur comme appartenant au conditionnel. Par contre, nous sommes capables d’analyser le présent de notre Armée de l’Air et de l’Espace au moyen des quelques données chiffrées disponibles: celle-ci compte environ 46 000 hommes et femmes, dont à peu près 90% de militaires, et à peu près 200 avions de chasse utilisables. Si 102 Rafale Air sont inscrits sur les registres, il faut en fait compter sur une masse de manœuvre plus faible en cas de crise internationale aigüe impliquant la France : en effet, environ 16 Rafale ne peuvent être déplacés sur l’échiquier (évaluation personnelle: 4 pour la posture de dissuasion, 4 pour la part Rafale de la PO défense aérienne, 4 pour la force positionnée sur la BA 104, et au moins 4 indispensables aux expérimentations opérationnelles).

Rafale C aux couleurs du 1/7 Provence (actuellement sur le BA 104), vu à Mont-de-Marsan en 2019

En 2020, les 86 Rafale restants se transforment en fait en 52 avions utilisables en mission extérieure, par la vertu d’une disponibilité technique de 60% (sur la base de la définition officielle : aptitude de l’avion à effectuer une de ses missions opérationnelles dans un délai de 6 heures). Avec cinq escadrons opérationnels en métropole (2 à Mont-de-Marsan et 3 à St-Dizier), il reste donc 10 Rafale disponibles pour chacune de ces unités. Les anciens se souviennent que pendant longtemps la dotation ‘papier’ d’un escadron de chasse s’élevait à 15 avions.

Le 105, un des premiers monoplaces livrés, ici aux couleurs du 3/30 Lorraine en 2017

Le dernier Livre Blanc en date se garde bien de traduire une éventuelle action militaire de puissance par un volume de force projetable (ce qui était le cas des précédents). En tout cas, il est clair que le France est aujourd’hui incapable de projeter 30 Rafale sur un théâtre extérieur pendant 6 mois (l’équivalent actuel d’un Harmattan). Au beau milieu du processus de rénovation de 45 (+10 ?) Mirage 2000D, la ponction de 12 Rafale au profit de nos amis Grecs nous éloignera encore d’une telle capacité.

Ne disait-on pas, mais c’était autrefois, ‘gouverner c’est prévoir’ ?

Alexandre et escadrilles.org