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F-35C, striker supersonique d’exception

Écrit le 06/05/20, dans Actualités Internationales

La Navy dégrade les caractéristiques opérationnelles du nouveau chasseur

La mise en service opérationnelle du F-35C de l’US Navy (et des Marines) s’est faite à pas comptés : en mars dernier, seulement 38 de ces strikers furtifs avaient été livrés, et une seule flottille opérationnelle avait effectué sa MSO, la VFA-147, sachant que la VFA-125 de Lemoore est l’unité de conversion opérationnelle pour les JSF.

La VFA-147 sur le parking de Lemoore Naval Air Station en février 2019 (photo G. Bolibol, USN)

Parmi les défauts importants restés en suspens pour ces JSF, un problème sérieux vient d’être classé sans solution : en supersonique soutenu, le réacteur du F-35C (ainsi que le B) endommage le revêtement de la structure arrière, entraînant une dégradation des caractéristiques de détectabilité et un risque de sécurité. La correction de ce défaut nécessiterait une nouvelle étude, des essais, …, donc l’ US Navy a préféré acter la limitation de performances de son striker de nouvelle génération. En effet, cette limitation de vitesse n’affectera pas le coeur des missions opérationnelles du F-35C (le strike).

La mise au point du F-35C fut difficile, ici des essais d’appontage en 2014 (photo K.M. Agee/USN)

Cependant, pour ce qui est de l’ambition multi-role du JSF marin, on peut affirmer qu’elle fait partie du passé : l’interception de chasseurs-bombardiers supersoniques par un F-35 ne pourrait se faire qu’en face à face avec les 4 missiles de soute (config air-air), car sans supersonique soutenu il n’y a pas moyen de les rattraper sans endommager l’avion. De plus, l’issue d’un engagement entre un dispositif de F-35C (config strike) sans sa CAP et une unité de défense équipée de chasseurs légers supersoniques peut devenir problématique.

Le Carrier Air Wing 5 (sans ses hélicos) et le mont Fuji en 2007 (photo J. Hodge/US Navy). De nos jours, les EA-18G remplacent les EA-6B et il n’y a plus de F/A-18-C.

Et si le dispositif de CAP est formé de F-18E/F, adieu l’effet de surprise. Nul doute que les stratèges du Pentagone aient déjà phosphoré sur de tels scénarios et trouvé des solutions, car en cas de conflit majeur on risquerait de revoir une situation similaire à celle du début de la guerre du Vietnam, lorsque des avions lance-missiles de type F-4B ou F-4C étaient mis en échec par des MiG-17.

300 F-35C pour l’US Navy à terme, c’est prévu …

L’US Navy a sans doute vu venir le coup, puisque des commandes de F-18E/F sont en cours – d’autres suivront sans doute. Ainsi, le Carrier Air Wing de 2025 ressemblera beaucoup à celui de 2015, à cela près qu’une flottille – il en est prévu 2 à terme – de 10 F-35C sera présente à bord avec pour mission principale (ou unique ?) le strike tous-temps avec ‘entrée en premier’. Par ailleurs, la Navy avance déjà dans sa réflexion pour l’après F-35/F-18 : le système sera sans doute un chasseur de nouvelle génération assorti de son essaim de drones … à moins que d’ici là, une autre réalité n’ait pris le pas sur les rêves actuels des ingénieurs.

Un Tu-22M3 (version modernisée) en finale : pas évident à intercepter pour un avion subsonique …

On espère que le même défaut technique ne frappe pas également le F-35A : nombre de pays européens de l’OTAN ont opté pour du ‘tout JSF’. Tenir la QRA avec un chasseur subsonique-sauf-exception tiendrait en effet de l’impossible …

Un F-18E à bord du R91 lors d’un cross-deck avec le CVN-69 en mars 2020 (K.J. Sarten/USN)

En tout cas, pour la suite de Top Gun (programmée à la fin de cette année), on verra Maverick aux commandes d’un F-18E Super Hornet.

Alexandre et escadrilles.org

Voir aussi : les Squadrons de l’US Navy