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Hélicoptères lourds : la France choisit le Mi-26

Écrit le 01/04/20, dans Actualités France, La vie du Site

Pour muscler Barkhane, la France va se doter de 24 hélicoptères fabriqués en Russie

La nouvelle pourrait faire l’effet d’une bombe B-61, y compris au sein de l’OTAN, même si le secret avait commencé à transpirer dans les milieux bien informés : l’hélicoptère lourd de l’Armée de l’Air ne sera ni le CH-47 ni le CH-53, mais le super lourd Mil Mi-26 fabriqué en Russie.

Un Mi-26T2 des forces aérospatiales russes

Pourquoi un tel choix ? Les arguments avancés sont, comme toujours, un peu techniques et un peu financiers : le Sikorsky CH-53K, un temps favori, est desservi par son coût extrêmement élevé, tant à l’achat (100 millions USD prix catalogue) qu’à l’entretien. Seuls les USA, et éventuellement la grande Allemagne, peuvent se payer un bijou pareil.

Le CH-53K est vendu à plus de 100 millions USD l’unité (ici un CH-53E, version opérationnelle actuelle)

Quant au quasi-légendaire CH-47E Chinook de chez Boeing, sa formule bi-rotor l’aura finalement desservi: l’argument bien connu des détracteurs des biréacteurs (dans un autre domaine), aura finalement prévalu, « Deux moteurs, deux sources de pannes, et deux raisons d’annuler la mission ». Confidence d’un pilote d’hélicoptère chevronné : « l’atterrissage d’un CH-47 en auto-rotation avec un seul rotor n’est pas un sport de masse. »

Le CH-47F, plus exporté que le CH-53, coûte environ 50 millions l’unité (ici un Chinook HC3 de la RAF)

Cependant, selon des sources habituellement bien informées (mais qui souhaitent évidemment rester anonymes), la vraie raison de ce choix russe ne serait pas technique … mais politique. En effet, les hautes sphères tricolores seraient excédées par les sursauts incessants de l’administration américaine, qui en matière stratégique et économique desservent souvent les intérêts français.

Le Mi-26T2V, version adaptée aux opérations spéciales, a été sélectionné par la France

Aussi, en cette année du 75ème anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie, la France, qui avait annoncé qu’elle serait dignement représentée à Moscou, s’est souvenue de l’épopée du Normandie-Niemen: l’exécutif a décidé de raviver ce symbole vivant de l’amitié franco-russe en achetant un hélicoptère conçu de l’autre côté du Dniepr plutôt qu’outre-Atlantique.

Autre vue d’un Mi-26T2 en Russie : capacité 20 tonnes ou 90 soldats à 500 nautiques …

Pour en rajouter façon ‘baiser à la russe’, il a été conjointement décidé que les mécaniciens qui entretiendraient ces Mi-26 … seraient Russes eux-aussi. Ainsi le futur 22ème Régiment d’Hélicoptères Lourds sera-t-il composé de navigants français et de techniciens russes. En cas de changement brusque de terrain d’opérations, pas de risque que se reproduise la tragédie qui vit le capitaine de Seynes se sacrifier au côté de son mécanicien russe : la soute du Mi-26, prévue pour 90 soldats, est suffisamment vaste pour que chacun ait son parachute.

Mi-26T, essayé et approuvé par la force aérienne khmère : la rusticité, ça le connait

Au MinDef, on aurait un peu tiqué sur cette option de maintenance, car bien sûr on aurait préféré privatiser le pactole : les industriels se bousculaient au portillon. Cependant, en l’occurrence, les considérations de coût pour le contribuable l’ont emporté sur les préférences politiques : le prix d’un technicien russe, même bien arrosé de vodka, est bien inférieur à celui d’un technicien français … et un hélicoptère russe s’entretient encore avec une clef à molette et un tournevis à choc, des ustensiles qui ont depuis longtemps disparu des caisses à outils de l’Armée de l’Air.

Mi-26T2, la version classique produite par RostVertol depuis 2015

Les milieux industriels français, un temps inquiets pour leur plan de charge, ont bien vite été rassérénés : le train d’atterrissage, fixe, des 24 Mi-26 sera fabriqué sous licence à Marignane. Pas de risque que la renommée de fiabilité, bien établie, des voilures tournantes européennes soit prise en défaut pour cette fois. Un temps on a craint que la boîte de transmission principale des hélicos – 23 000 chevaux sous le capot quand même – soit sous-traitée en Italie (l’amitié russo-italienne est également très vivace), mais l’industriel en question avait son plan de charge déjà saturé par la fabrication d’une nouvelle évolution, la bonne cette fois-ci, de la transmission d’un quadrimoteur de transport européen.

Proverbe russe à méditer urbi et orbi : « C’est quand il pleut qu’on regrette de ne pas avoir son parapluie »

Enfin, cerise sur la gâteau, le service historique de l’Armée de l’Air a déjà planché sur la question des traditions du futur EH 1/22 Ain-Niger (c’est le nom de baptême choisi !) … très sollicités ces dernières années, et il faut l’avouer très en verve, les historiens du SHAA ont choisi les escadrilles de deux unités d’Alphajet en passe d’être mises en sommeil ou dissoutes.

La 3C1, le ‘Requin’, familièrement surnommée ‘le Poisson’

La première escadrille du futur Ain-Niger sera la SPA 85 ‘La Folie’, encore pour un temps 1ère escadrille de l’EIV 3/13 Auvergne de Tours, et la seconde escadrille sera bien sûr la 3C1 ‘Requin’, ancienne 1ère escadrille du 3/7 Languedoc aujourd’hui adoptée par le StanEval de Cazaux.

Quelles seront les escadrilles du futur EH 2/22, il est encore trop tôt pour le dire, mais on sait déjà que la création officielle de la 22ème Escadre d’Hélicoptères Lourds est prévue pour le 1er avril 2021. Dans un an jour pour jour !

Alexandre et escadrilles.org