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F-35A, chasseur standard de l’OTAN …

Écrit le 21/11/18, dans Actualités Internationales

… Et le quatrième de son genre !

Le recul historique permet de regarder ‘l’affaire du F-35’ simplement comme le quatrième épisode d’un feuilleton qui dure depuis 1953: l’OTAN connut trois chasseurs-bombardiers ‘standard’ avant le JSF, tous de conception états-unienne bien sûr, même si deux d’entre eux furent assemblés ou partiellement construits sous licence.

Premier ‘Elephant walk’ des 388th et 419th Fighter Wing à Hill AFB, Utah… il y a 35 avions! (U.S. Air Force Photo by Cynthia Griggs)

Le premier de ces avions ‘standard’ fut le Republic F-84, qui dans ses versions E/G Thunderjet et F Thunderstreak, équipa la majeure partie des forces aériennes de l’OTAN entre 1953 et 1970 (pour les dernières d’entre elles, si l’on excepte la Grèce et la Turquie, ‘dernières de cordée’ à cette époque). Notons que la Grande-Bretagne n’utilisa pas le F-84, son industrie lui fournissant tout le nécessaire dans les années 50.

Décembre 2017, des F-16 du 8th FW montrent le chemin aux premiers F-35A (419th FW) déployés sur le théâtre Pacifique, à Kunsan en Corée (photo USAF)

Le deuxième avion ‘standard’ de l’OTAN fut le Lockheed F-104G Starfighter, ‘striker’ de premier rang dans la plupart des forces aériennes entre 1965 et 1980. Ce chasseur est un roman à lui tout seul, avec quelques chapitres de corruption au plus haut niveau dans certains Etats. La France, sortie du commandement intégré en 1966, lui préféra bien sûr le Mirage III. Quand à la Grande-Bretagne, adepte des biréacteurs, elle continua à miser sur ses productions nationales pour assurer la défense aérienne (English Electric Lightning) et le strike tactique (Blackburn Buccaneer), tout en achetant le haut de gamme US de l’époque, le MacDonnell Douglas F-4 Phantom II (mais avec des réacteurs anglais, bien sûr !).

Patrouille de F-35 du 388th Fighter Wing de Hill AFB, en juin 2018 (photo USAF)

Enfin le troisième chasseur-bombardier standard de l’OTAN, le General Dynamics F-16, le meilleur avion de sa génération, ne fut adopté que par quelques ‘petits’ pays (la Belgique, le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas, puis la Grèce et la Turquie), si l’on excepte le cas de l’Italie qui dut en intégrer une escadre acquise de seconde main (suite à une erreur de vision dans ses acquisitions d’avion de combat).

Trois F-35 du 4th Fighter Squadron de Hill AFB, au dessus de l’Utah Test and Training Range, en février 2018. (U.S. Air Force photo by Andrew Lee)

Ce troisième cas est intéressant car à l’époque, les grandes puissances d’Europe (moins la France) conçurent et achetèrent en grand nombre (nous sommes à la fin des années 70) le Panavia Tornado, un striker pure souche (que néanmoins les Anglais modifièrent en intercepteur), puissant et compliqué à souhait. L’avion de combat européen fit donc écran aux exportations US de F-16, au grand dam des industriels de ce pays. Dure leçon que ces derniers méditèrent !

Avec le F-35A, l’USAF est obligée de repenser les profils de ses techniciens, pour les rendre plus polyvalents (photo USAF)

L’histoire des avions conçus et construits en Europe connut un ultime épisode, avec l’ Eurofighter, avion OTAN des forces aériennes allemandes, britanniques, espagnoles et italiennes, réalisé surtout pour des missions de défense aérienne, mais adaptable aux missions air/sol. La France avait fait scission, préférant miser sur un avion national, davantage conçu pour la polyvalence (à cette époque, nous n’avions pas rejoint le CI de l’OTAN).

Premier largage d’une GBU-49. Le F-35A porte dans son ADN le profil de ‘striker tactique’, ne pas l’oublier (photo USAF)

Cependant, l’Italie et la Grande-Bretagne jouaient le coup d’après, en même temps qu’elles mettaient en ligne leurs Eurofighter de défense aérienne. Partenaires de rang 1 et 2 du programme Joint Strike Fighter, ces deux pays, avec la Hollande, fournissaient la base politique essentielle pour concevoir et construire le chasseur-bombardier OTAN de la génération suivante … le F-35A Lightning II.

Fin-2018, cet avion n’est pas à son standard opérationnel complet: les essais de ‘Full Operationnal Capability’ de l’USAF devant se dérouler prochainement … et permettre enfin la production en série au rythme industriel voulu.

F104 1978 MF71

Longévité et efficacité: le F-35 sera-t-il plus un Lockheed Starfighter qu’un F-16 ? Faites vos jeux !

En attendant, pour faire baisser les prix jusqu’à 80 millions USD fly-away (F-35A), les commandes des 3 prochaines LRIP (Low Rate Initial Production) annuelles seront groupées pour des livraisons en 2020, 2021, 2022: 64 F-35As pour l’ U.S. Air Force, 26 F-35Bs pour l’ U.S. Marine Corps et 16 F-35Cs pour l’ U.S. Navy dans la LRIP 12, 89 F-35As et F-35Bs pour des nations partenaires dans les LRIP 12, 13 et 14, et 60 F-35As pour des ventes FMS dans les LRIP 12, 13, 14. Un total de 255 avions, il y en a pour 22,7 milliards USD.

Même scène que sur la première vue … mais il y a 36 avions !

Pour finir, puisque les Etats-Unis sont en passe de réussir leur pari ‘d’avion standard de l’OTAN’, trois questions semblent importantes pour le futur à moyen terme:

  • Quel sera le vrai coût du F-35A (usage, maintenance, mises à jour du système) pour les forces aériennes utilisatrices ?
  • En cas de conflit majeur face à un ennemi disputant la maîtrise du ciel, qui assurera la supériorité aérienne quand les F-35 assureront les missions d’appui ?
  • Dans combien d’années le système F-35 sera-t-il dépassé dans sa mission primaire, le strike tactique ‘furtif’ ?

Et aussi un constat historique pour les Européens: il n’a jamais été possible de faire cohabiter plus de deux industries nationales majeures dans un même programme d’avion de combat européen. Suivez mon regard …

Alexandre et escadrilles.org

Acknowledgements: to the 388th and 419th Fighter Wings (Hill AFB, Utah) for providing high quality pictures on their websites.