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Si vis pacem …

Écrit le 20/03/14, dans Actualités France

… et l’Histoire continua

Alors que les pays européens continuent le concours de strip-tease de leurs forces aériennes, les événements aux frontières orientales et méridionales de l’Europe devraient inciter à méditer la célèbre maxime latine, et à en tirer des conclusions pour le maintien d’une posture de défense crédible.

L'Europe, combien d'escadrons ?

L’Europe, combien d’escadrons ?

En effet, année après année, le cours de l’Histoire démontre que la thèse de Francis Fukuyama restera un concept virtuel, alors que celle de Samuel Huntington (Le Choc des civilisations, Odile Jacob 1997, 545 pages) se réalise. L’Europe a pour voisins un monde russe et orthodoxe, et un monde africain et musulman.

L'Italie, exposée, joue profil bas, appuyée sur son ange gardien

L’Italie, exposée, joue profil bas, appuyée sur son ange gardien US

Si le nord-ouest du continent européen peut encore vivre dans l’illusion d’un confort matériel perpétuel (en attendant que le monde arctique se réchauffe dans tous les sens du terme), le Sud et l’Est de l’Europe vivent dans le monde réel, avec un voisinage problématique.

Les Polonais connaissent la musique !

Les Polonais connaissent la musique !

L’Europe est restée anesthésiée par le protectorat américain (qu’on appelle OTAN), alors que l’on sait bien que les Américains arrivent toujours trop tard : ils sont arrivés très tard en 1914-1918, jamais en 39-40. Plus près de nous encore, ils sont arrivés trop tard en Indochine, non sans avoir vu favorablement l’oeuvre décolonisatrice du Viet-Minh dans un premier temps. Il leur en coûta beaucoup par la suite, mais l’Oncle Sam est souvent myope.

Un Oncle Sam négligeant parfois les des autres ...

Un Oncle Sam négligeant parfois les intérêts des autres …

La défense européenne est une illusion : les pays de l’Ouest n’ont pas la volonté, ou plus les moyens, ou ni l’un ni l’autre, de compléter leur espace économique commun par une construction diplomatique et donc militaire. Or, il se trouve que lorsqu’un vrai conflit se produit entre deux adversaires de force comparable, la suprématie aérienne est la condition (nécessaire mais pas suffisante) du succès des forces terrestres, donc du succès tout court.

Réunifiée, l'Allemagne se voit surtout comme une grande nation commerçante.

Réunifiée, l’Allemagne se voit surtout comme une grande nation commerçante.

Cette suprématie dépend de la « force aérienne de combat », donc dans une large mesure de sa valeur numérique. Aujourd’hui, il faut prendre la totalité des composantes aériennes de combat des pays d’Europe de l’Ouest (hors pays neutres et Espagne) pour atteindre l’effectif de l’Armée de l’Air au début des années 90.

Les Pays-Bas sur la route d'une certaine neutralité ?

Les Pays-Bas sur la route d’une certaine neutralité ?

Au royaume du Danemark, la reine est presque nue : deux escadrons de F-16. La Hollande et la Belgique ont fait égalité dans un concours de maigreur : 4 escadrons de F-16 chacune (+ les OTU).

La Belgique se cramponne à ses deux derniers "Wings"

La Belgique se cramponne à ses deux derniers « Wings »

Les trois plus grands pays se sont alignés sur le chiffre 10, ou à peu près, qui est aussi celui adopté par la France : 10 escadrons pour l’Allemagne (Tornado et Typhoon), 10 pour le Royaume-Uni (idem), 10 pour l’Italie (idem, plus des AMX).

Grande-Bretagne: pourvu que l'Argentine n'ait pas de mauvais desseins

Grande-Bretagne: pourvu que l’Argentine n’ait pas de mauvais desseins !

L’Espagne n’a pas autant baissé sa garde, proportionnellement : 10 escadrons (F-18 et Typhoon), si l’on laisse de côté les Northrop F-5. Il faut dire que le royaume est frontalier avec l’Afrique du Nord. Quant au Portugal, il fait jeu égal avec le Danemark, avec deux escadrons de F-16.

L'Espagne a conservé l'essentiel, malgré tout

L’Espagne a conservé l’essentiel, malgré tout

La faiblesse de l’aviation européenne, additionnée à sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis en tant que force intégrée et cohérente, sont devenues problématiques dès lors que le continent doit résoudre des crises sérieuses à ses frontières. Et la diminution du potentiel en Europe occidentale n’a pas été compensée par une augmentation en Europe orientale, au contraire.

En France, c'est encore "moins 1" en 2014 ...

En France, c’est encore moins 1 en 2014 …

Que les Russes, bien énervés par l’affaire du Kosovo et encore plus par le bouclier anti-missiles que l’on déploie sur leur palier, aient voulu assurer leur intérêt stratégique dans l’affaire de Crimée, seuls les imbéciles s’en étonneront. Nous, les pays européens, ferions bien de penser à la sécurité du continent en y consacrant les moyens  nécessaires. Il y aura d’autres défis dans l’avenir, au Nord, au Sud, à l’Est : l’Histoire continue.

Alexandre et escadrilles.org