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Mirages brésiliens

Écrit le 19/12/13, dans Actualités Internationales

Un partenariat stratégique … style tango argentin

Lorsqu’ à la fin des années 80, l’Armée de l’Air obtient enfin la clearance pour le chasseur-bombardier biréacteur dont elle rêvait depuis toujours, Dassault s’oriente vers le créneau des « poids moyens », abandonnant ipso facto celui des chasseurs légers qui lui avait si bien réussi.

Remise de gaz du 14-30

De ce fait, le constructeur national se retrouve sur le ring en face de poids moyens, une catégorie bien encombrée, notamment par tous les avions US de la génération F-16 / F-18, qui bon an mal ont réussi leurs cures de jouvence et leurs liftings. Et aussi en face de lourds style F-15 ou Sukhoi 30, qui sont vendus à prix coûtant.

F-16D polonais

Quand les égoïsmes nationaux et industriels aboutissent à la fabrication en Europe de deux frères presque jumeaux, en Inde on les appelle les euro-canards, on sait que la partie sera très dure pour le Rafale, promu par un seul pays, alors que l’Eurofighter est d’emblée commandé par 4 nations.

Typhoon 2011 11-18

Malgré tout cela, Dassault s’en sort bien, concevant et fabricant un avion multi-rôle de classe mondiale, malgré les atermoiements politiques des années 90 qui lui coûteront 5 années de calendrier. Qui plus est, Dassault fabrique un chasseur qui peut opérer depuis un porte-avions, ne l’oublions pas.

Rafale_2013_pc

Par contre, ce qui n’est pas du tout de la responsabilité de Dassault, c’est la réintégration de la France au sein de l’OTAN, qui efface une partie de l’image de partenaire 100% indépendant qui pouvait parfois bénéficier à la France. Et surtout, un euro à 1,38 dollar, qui est un sacré boulet attaché au train d’atterrissage du Rafale.

Rafale_2013_HD_pc

Alors si certains s’étonnent que la Suisse ne remplace par ses F-5E par des Rafale, ou que le Brésil achète (lui aussi) un poids léger, après avoir hésité entre le Super Hornet et le biréacteur Dassault (enfin, paraît-il), c’est dommage  pour eux. Ces deux pays ne sont pas connus pour leur engagement extérieur dans des contrées où la supériorité aérienne est disputée. Et un monoréacteur de 12 tonnes coûtera toujours moins cher qu’un biréacteur de 18 tonnes, si les deux sont fabriqués en Europe.

Gripen_2010_9819-v

Par contre, le fait que le Rafale parvienne à s’imposer en Inde, pays qui met des moyens pour sa défense et a des voisins pas franchement amicaux, ou dans un pays du Moyen-Orient, poudrière perpétuelle, face aux mêmes Européens, aux Russes, aux Américains, c’est un signe de la valeur de cet avion.

F16B 2011 FB24

Un autre signe serait de parvenir à enrayer la mécanique implacable qui tend à faire croire que le F-35 est le successeur logique du F-16 en Europe, sous prétexte que cet avion « invisible » bénéficie de l’aura d’un produit US, donc serait  « forcément » fait pour les pays de l’OTAN.

F35B RAF BK-1

Pour cela, il faudrait se mettre à la place de nos alliés et amis Belges (enfin, ceux qui Outre-Quiévrain décident de l’achat de nouveaux avions), pour comprendre ce qui pourrait les inciter à acheter américain, plutôt que français ou européen. Est-ce une certaine vision de l’OTAN qui pèse de tout son poids sur ce pays très atlantiste? Est-ce la supériorité opérationnelle du F-35, que nous ne parvenons pas à voir à cause de nos oeillères tricolores ? Les avions européens sont-ils piégés par les mots, vu que les américains ont inventé l’expression « chasseur de 5ème génération » pour vendre l’image de leurs avions « invisibles » ?

L’avenir nous le dira.

Alexandre et escadrilles.org