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Encore des soucis pour le F-35

Écrit le 24/02/13, dans Actualités Internationales

Nouvel F-16, ou mouton à cinq pattes ?

Les ingénieurs aéronautiques US nous ont habitués à relever des défis incroyables: leur palmarès est pavé de réussites époustouflantes (Lockheed SR-71, …), et aussi de quelques échecs cuisants (North American B-70, …) et exorbitants. En voulant produire un chasseur-bombardier « invisible » et « bon marché » pour leurs trois composantes aériennes, y compris une variante à décollage court et atterrissage vertical, les Américains et les Britanniques (seuls partenaires de rang 1) ont poussé le bouchon un peu loin: la réussite totale ne sera pas au rendez-vous, car le F-35 ne sera pas du tout bon marché, il coûtera plus cher que ses équivalents « non invisibles ». A propos d’invisibilité, des rapports peu diffusés indiquent qu’elle n’est pas bonne en secteur travers, ou vu de l’arrière (situation fréquente pour un avion qui vole à Mach 1,6), et même vu d’en haut.
Alors que les F-35B sont cloués au sol, un récent rapport du directeur de l’Operational Test and Evaluation Office du secrétariat à la Défense US porte un regard très critique sur les progrès du nouveau-né de l’aviation de combat (Air Forces Monthly, n°300, p 18-19).

le F-35C, version US Navy

Le F-35C, version US Navy

Les insuffisances du F-35 par rapport aux spécifications initiales du programme sont nombreuses et touchent tous les compartiments des performances:
– en premier lieu, les qualités de vol seront inférieures à ce qui était voulu: pour le F-35A, le facteur de charge limite en virage soutenu tombe de 5,3 à 4,6 (4,5 pour le F-35B et 5,0 pour le F-35C), et l’accélération transsonique en palier est dégradée (F-35A: 8 sec. de plus pour passer de Mach 0,8 à 1,2 – F-35B, 16 sec. de plus, F-35C, 43 sec. de plus (?)),
– en second lieu, le système de mission est loin d’offrir les fonctionnalités voulues en terme d’intégration des capteurs, de fusion des données, et même de performance de détection en mode air-sol,
– en troisième lieu, la structure reste trop lourde (le F-35B ne peut pas revenir à sa base et atterrir verticalement avec ses munitions non tirées), des éléments de la cellule n’ont pas la solidité ou la durabilité voulue, la fiabilité autour du propulseur reste un problème, notamment pour le F-35B,
– enfin, la gestion du programme, avec le choix du Pentagone et de Lockheed Martin de lancer une production en série alors que le développement n’était pas achevé (une manière de tenter de rendre le programme irréversible, évidemment) engendre des surcoûts, alors même que le coût d’un avion fly-away semble déjà avoir dépassé celui de 2 Rafale.

F35B RAF BK-1

Le premier F-35B anglais

On sait que si l’on s’en tient à sa capacité d’emport en mode soi disant « invisible », le F-35A emporte son canon de bord, deux bombes de 2000 livres, et deux missiles AIM-120C (charge réduite à deux bombes de 1000 livres pour le F-35B) – voir le site de Lockheed Martin. Dans cette configuration, son rayon d’action serait de 600 nautiques. S’équiper de F-35 c’est donc payer bien cher une capacité « d’entrer en premier », avec un avion qui a de grandes chances de revenir bien esquinté de sa première mission offensive vu ses petites performances d’auto-défense. A moins que « l’entrée en premier » ne s’effectue qu’après une campagne aérienne de grand style ayant annihilé les défenses adverses (style Desert Storm), ou avec la protection d’un escadron de F-22, en d’autres termes, à moins que les USA ne soient les maîtres d’oeuvre de l’opération. Ce qui pose la question de la dépendance de la politique du pays acheteur de cet avion vis-à-vis des USA (on y revient toujours); que l’aide des Etats-Unis dans une opération aérienne soit souvent appréciable (voir Harmattan et Serval), on en convient, mais de là à subordonner toute initiative militaire à la participation de cet allié puissant, mais encombrant, …

F35A EG0745

Un F-35A de l’escadron d’évaluation opérationnel d’Edlin

Le F-35A ne sera donc pas le F-16 des années 2020; il reste à encore démontrer qu’il pourra au moins devenir  le nouveau « Starfighter » de la première moitié du 21è siècle. Quant au F-35B, ses coûts de maintenance pourraient bien, en effet, en faire l’avion du siècle.
Réjouissons-nous que la France ne soit pas embarquée dans cette galère-là (et plaignons ceux qui ont mis le doigt dans l’engrenage).

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