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Quel nerf pour la guerre, suite

Écrit le 08/11/16, dans Actualités France

PLF 2017 – Des chiffres et des lettres, encore

En se penchant sur le chapitre ‘Préparation et emploi des forces (ou programme 178)’ du projet de loi de finances, on est d’abord frappé par les indicateurs sur la ‘Capacité des armées à intervenir dans une situation mettant en jeu la sécurité de la France’. La prévision de réalisation de ce ‘contrat’ est en relation avec ‘l’hypothèse d’engagement maximum de nos forces (HE M INTER)’ définie par le Livre Blanc. Les chiffres ne sont pas bons ni pour 2016, ni pour 2017 (respectivement 90% pour l’armée de Terre, 60% pour la Marine, et 81% pour l’Armée de l’Air).

Le groupe aérien embarqué, actuellement 'au charbon'

Notre unique porte-avions sera en arrêt technique en 2017… donc capacité dégradée

Pour ce qui est de la Marine, le porte-avions Charles de Gaulle sera en arrêt technique majeur n°2, ce qui cause une dégradation de l’indicateur. Pour ce qui est de l’Aviation, la faiblesse relative de la capacité de réponse est due au surengagement actuel dans les opérations de ‘gestion de crise’ (Chammal, en particulier).

Justement, le deuxième item qui nous intéresse est la ‘Capacité à réaliser les contrats opérationnels de gestion de crises’. La prévision de réalisation de ce ‘contrat’ pour la Marine est de 70% (absence du PA, pénurie de SNA, disponibilité des ATL2). Pour l’Armée de l’Air, elle est de 130%, en raison du surengagement en opex (20 avions de combat engagés au lieu de 12 prévus).

Surengagement en opex ... capacité de réponse dégradée

Surengagement en opex … capacité de réponse dégradée en cas d’aggression

Ces quelques chiffres, ainsi que de nombreux autres dans le PLF 2017, suggèrent simplement que les engagements des armées sont supérieurs à ce qui était prévu, et que les forces aériennes sont actuellement sur-employées ou indisponibles.

Dispo, problème n°1 (Terre, Air): des aéronefs beaucoup trop anciens, très coûteux à entretenir

Dispo, problème n°1 (Terre, Air): des aéronefs trop anciens, très coûteux à entretenir

Un autre indicateur qui nous a intéressé est celui du niveau d’activité pour les navigants. Il est généralement faible par rapport aux standards OTAN que ce soit pour 2016 ou pour la prévision 2017 (hélicoptères ALAT: 159 – 164 h; hélico Armée de l’Air: 172 – 191 h; hélico Marine: 216 – 220 h; transport Air: 235 – 267 h; patrouille maritime: 324 – 340 h; chasse Air: 168 -164 h; chasse Marine: 187 – 180 h).

Dispo, problème n°2:

Dispo, problème n°2 : des industriels livrent des aéronefs neufs mais pas au point

Le facteur limitant est ici la disponibilité insuffisante des aéronefs, soit pour des raisons de suremploi opérationnel, soit pour des raisons de déficience du soutien des industriels (notamment pour le Tigre, les Caïman Terre et Marine, l’A400M).

Les pires chiffres de disponibilité opérationnelle (donc la dispo vis-à-vis d’un contrat opérationnel, et non la dispo technique vis-à-vis de la flotte, qui est forcément beaucoup plus faible) sont obtenus en 2016 pour:
– Marine, les avions de patrouille maritime, les hélicos: 54%
– ALAT, les hélicoptères de manoeuvre: 49% (Cougar et Puma, donc)
– Armée de l’Air, le transport tactique: 70% (sachant que la composante CASA 235 se porte bien)

Dispo, problème n°3:

Dispo, problème n°3: ‘- Allô, l’industriel ? Mon aéronef ne vole pas !’ … ‘- … tululut … Ne quittez pas, un opérateur va vous répondre … tululut …’

Pour ce qui est de la dispo des aéronefs, on ne souligne pas assez que les armées sont piégées par le double effet de la maintenance de matériels à bout de souffle (âge moyen d’un Puma ALAT, 42 ans, par ex), c’était prévu, et de l’arrivée en flotte de matériels neufs qui ne sont pas au point (les trois aéronefs cités plus haut), ce qui n’était pas prévu.

Solution n°1, pour les industriels qui livrent des aéronefs déficients

Solution n°1, pour les industriels qui livrent des aéronefs déficients

Sur ce dernier point, la responsabilité des industriels, et des services de l’Etat qui sont en position de client vis-à-vis des industriels, est lourde.

En conclusion, nos forces aériennes sont actuellement surengagées au regard de leur potentiel matériel et humain. A court terme, la situation peut s’assainir en agissant efficacement sur certains points bloquants (dispo des matériels neufs), mais à moyen terme l’amélioration demande un réajustement vers le haut des budgets d’équipement et d’emploi des forces (et pas de quelques centaines de millions par an) … ou un désengagement de certains théâtres !

Solution n°2: plusieurs milliards de plus pour la Défense, à missions égales

Solution n°2: plusieurs milliards de plus pour la Défense, à missions égales

Alexandre et escadrilles.org

PS: je me suis infligé, et j’inflige au lecteur, la lecture de documents pénibles. C’était la seule solution pour comprendre ce qui se passe au delà des communiqués de presse parfois trompeurs de nos états-majors. Promis, on ne m’y reprendra plus en 2017.

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